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1939-1945 : L’EURE-ET-LOIR DANS LA GUERRE : matériel pédagogique


 
Le 17 juin 2010, Albéric de Montgolfier, Président du Conseil général d’Eure-et-Loir inaugurait une exposition consacrée à Jean Moulin, à l’occasion du 70ème anniversaire de son entrée en résistance à l’été 1940. Dans le prolongement de ce travail, les Archives départementales ont engagé la rédaction d’un ouvrage d’une centaine de pages sur la seconde guerre mondiale en Eure-et-Loir, destiné aux élèves de 3ème du département. Ces ouvrages, ainsi qu’un exemplaire de l’exposition sur panneaux souples, ont été adressés aux établissements scolaires du département à l’automne 2011. Quelques exemplaires de l’ouvrage, ainsi que l’exposition elle-même, resteront ensuite à disposition dans les Centres de documentation et d’information des collèges. Ce dispositif s’accompagne d’un volet pédagogique en ligne, pensé pour permettre aux enseignants qui le souhaitent d’approfondir l’étude de cette période avec leurs élèves. Il doit aussi encourager les classes à s’investir dans un travail de restitution appelé à être présenté aux Archives départementales aux mois de mai et juin 2012. Ce travail peut prendre plusieurs formes : panneaux d’exposition, collecte de témoignages, travail sur des archives audiovisuelles, etc.

Le corpus pédagogique se décline ainsi :

    1. Un jeu de notices pédagogiques

Le livre 1939-1945 : L’Eure-et-Loir dans la guerre s’appuie sur de nombreux documents d’archives, pour la plupart extraits des fonds des Archives départementales d'Eure-et-Loir. Une trentaine de ces documents a fait l’objet de notices d’orientation pédagogique.  

Ces notices peuvent être mises à profit dans l’ordre de l’ouvrage, c’est-à-dire dans l’ordre chronologique, ou bien via les entrées thématiques suivantes :

  La préparation à la guerre : document 1.1;

Chapitre 1 : La montée des périls : redouter et prévoir

Document 1.1 : Plan d’extinction des lumières de la ville de Chartres (1937), détail, Arch. dép. Eure-et-Loir, 10 R 116
Thème : La préparation à la guerre
Place dans l’ouvrage : pp. 14-15
Commentaire : Dès 1937, suivant les instructions nationales, les services de la ville de Chartres élaborent un ensemble de dispositions à prendre en cas d’attaque aérienne. L'éclairage nocturne en fait partie. Il est en effet un enjeu stratégique en temps de guerre car les zones habitées (et donc les populations civiles) sont devenues une cible de la guerre moderne. Ce document permet de révéler à la fois le sentiment d'imminence de la guerre à la fin des années 1930 et la mutation principale de l’art de la guerre depuis 1918 : le rôle des bombardements aériens.

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L’effort de guerre : documents 2.1

Chapitre 2 : La « drôle de guerre » : la guerre sans les armes

Document 2.1 : Lettre du préfet au président de la commission de réception de Maintenon, 27 janvier 1940, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3
Thème : L’effort de guerre
Place dans l’ouvrage : p. 16
Commentaire : La guerre est officiellement déclarée le 3 septembre 1939. Dès lors, l’armée française réunit des milliers d’hommes sur le front de l’Est. Le pays invite chaque territoire, dans la mesure de ses moyens, à contribuer à cette mobilisation, notamment en participant au ravitaillement de l’armée. Les départements industriels se chargent de l’équipement des troupes. L’Eure-et-Loir participe plutôt au ravitaillement en foin et en paille. Le courrier du préfet illustre le soin apporté à cette demande, et souligne aussi, par la demande de fourrage, que l’armée française, peu motorisée, est encore largement dépendante de la force animale. Une grande partie de l’artillerie est en effet encore à traction hippomobile. Ce sous-équipement a souvent été présenté comme une des principales causes de la déroute de l’été 1940.

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; 2.2

Chapitre 2 : La « drôle de guerre » : la guerre sans les armes

Document 2.2 : Plan des abris aménagés à Chartres entre la rue Sainte-Même et la rue de la cathédrale, [1940]. Arch. dép. Eure-et-Loir, 10 R 119
Thème : La préparation à la guerre
Place dans l’ouvrage : p. 19
Commentaire : En prévision des bombardements aériens qui menacent les zones urbaines peuplées, on réalise à Chartres un vaste réseau d’abris, reliant les caves les unes aux autres. Ce réseau compte des puits de renouvellement d’air et des voies de circulation souterraines. Ce plan laisse deviner l’ampleur des travaux engagés pour ce faire. Il permet aussi de faire sentir aux élèves ce qu’étaient les conditions de vie d’alors (appréhension des bruits des avions, sirènes d’alertes retentissant dans la ville, attente dans des caves bondées) en même temps qu’il témoigne d’un paysage urbain propre au temps de guerre, la dimension souterraine entrant alors, pour quelques mois, dans l’espace public.

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L’exode : documents 3.1

Chapitre 3 : Jean Moulin, gardien de l’honneur

Document 3.1 : Affiche de la préfecture placardée dans le département et incluse dans la presse, 13 juin 1940. Arch. dép. Eure-et-Loir, PER 40 1940
Thème : L’exode / Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 22
Commentaire : Le 13 juin 1940, alors que l’exode engorge les routes, le préfet s’élève contre ce mouvement de fuite, selon lui contraire au devoir des Français. Il porte un regard sévère sur l’exode et craint que le phénomène ne se renforce de lui-même. Il en appelle à la dignité et au patriotisme mais, comme si ces deux valeurs ne devaient pas suffire, prévient aussi que des sanctions seront prises contre ceux qui excitent le sentiment de panique et inquiètent les foules (ce sont les « paniquards ») et contre ceux qui abandonnent leur fonction (élus, fonctionnaires). Après cet appel à la dignité, les derniers mots du préfet, « J’ai confiance. Nous vaincrons », sont, eux, gages des sentiments de sûreté et d’assurance qu’il voudrait voir partagés.

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  3.3

Chapitre 3 : Jean Moulin, gardien de l’honneur

Document 3.3 : Lettre de M. Roland Marie rendant hommage à Jean Moulin et lui faisant part du dévouement du curé d’Épernon, 26 juillet 1940, En rouge, mention manuscrite de Jean Moulin : « 1) Répondre 2) Lettre de félicitation et de remerciement au curé 3) Le signaler à l’évêque », Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3
Thème : L’exode
Place dans l’ouvrage : pp. 28-29
Commentaire : Ce courrier est adressé au préfet par un particulier, M. Roland Marie, habitant de la commune de Bezons, du département de la Seine-et-Oise (commune de l'actuel département du Val d'Oise). M. Marie faisait donc vraisemblablement partie de la grande masse des personnes ayant quitté leur foyer pour fuir vers le sud. Au moment de traverser la ville d’Epernon, M. Marie a perdu ses petites-filles, victimes d’un bombardement meurtrier.. Dans ces circonstances, il constate que le curé d’Epernon fait preuve d’un engagement total auprès des habitants de la ville. C’est cette noble attitude que M. Marie signale au préfet Jean Moulin, en même temps qu’il lui exprime sa reconnaissance pour sa conduite au cours des évènements de la Taye. L’occasion d’étudier les effets de l’exode, le comportement des citoyens en ces jours difficiles (à comparer aux « paniquards » dénoncés par Jean Moulin dans son appel du 13 juin), ainsi que le rapport particulier qui unit les habitants au préfet, premiers éléments de son mythe.

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Jean Moulin : documents 3.1

Chapitre 3 : Jean Moulin, gardien de l’honneur

Document 3.1 : Affiche de la préfecture placardée dans le département et incluse dans la presse, 13 juin 1940. Arch. dép. Eure-et-Loir, PER 40 1940
Thème : L’exode / Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 22
Commentaire : Le 13 juin 1940, alors que l’exode engorge les routes, le préfet s’élève contre ce mouvement de fuite, selon lui contraire au devoir des Français. Il porte un regard sévère sur l’exode et craint que le phénomène ne se renforce de lui-même. Il en appelle à la dignité et au patriotisme mais, comme si ces deux valeurs ne devaient pas suffire, prévient aussi que des sanctions seront prises contre ceux qui excitent le sentiment de panique et inquiètent les foules (ce sont les « paniquards ») et contre ceux qui abandonnent leur fonction (élus, fonctionnaires). Après cet appel à la dignité, les derniers mots du préfet, « J’ai confiance. Nous vaincrons », sont, eux, gages des sentiments de sûreté et d’assurance qu’il voudrait voir partagés.

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  3.2

Chapitre 3 : Jean Moulin, gardien de l’honneur

Document 3.2 : Photographie de Jean Moulin et du major Von Gültlingen dans la cour de la préfecture quelques jours après la nuit du 17 juin. Musée des Beaux-arts de Chartres
Thème : Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 25
Commentaire : Dans la nuit du 17 juin 1940, Jean Moulin est sévèrement mis à mal par des soldats allemands qui voudraient lui faire signer un document établissant la responsabilité de soldats français d’origine sénégalaise dans des exactions commises sur des civils. Ce ne sont que des allégations et le préfet refuse. Craignant de ne pas résister au traitement qui lui est réservé, il tente de mettre fin à ses jours. Le lendemain, le major Von Gültlingen, chef de l’état major allemand, informé de la chose, libère le préfet et le fait soigner. Le major Von Gültlingen, officier non nazi, héritier de la vieille armée prussienne, respecte le code de la guerre et l’honneur militaire. En faisant réaliser cette photo, il adresse deux messages : d’abord que le préfet va bien (le bruit des évènements de la nuit du 17 juin s’est répandu dans le département) et ensuite que Jean Moulin incarne l'autorité de la France comme lui-même représente l'Allemagne.

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 4.2

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.2 : Demande manuscrite de Jean Moulin de délivrance d’un Ausweiss (laissez-passer) pour rejoindre la zone libre, novembre 1940. Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3 (RES 91).
Thème : L’occupation allemande / Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 35
Commentaire : L’administration allemande contrôle les allées et venues sur le territoire. Pour passer au sud en zone libre, il faut franchir la ligne de démarcation qui coupe la France en deux. Il est pour cela nécessaire d’avoir un Ausweiss (laissez-passer). En novembre 1940, Jean Moulin vient d’être démis de ses fonctions par le régime de Vichy. Il souhaite rejoindre la Provence. Il demande pour cela que son Ausweiss soit renouvelé et utilise une formule intéressante : « …pour me permettre de me retirer dans mon pays, en zone libre ». Il laisse ainsi entendre que la zone occupée n’est plus la France. Ce document invite aussi à étudier les modalités du contrôle des populations par les Allemands ainsi que la situation personnelle de Jean Moulin à cette date-là.


Le régime de Vichy : documents 3.4 

Chapitre 3 : Jean Moulin, gardien de l’honneur

Document 3.4 : Portrait du maréchal Pétain. Gravure au burin dédicacée à la commune de Berchères-sur-Vesgre (canton d’Anet).  Arch. comm. de Berchères-sur-Vesgre
Thème : Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : p. 30
Commentaire : Dès les premiers mois d’existence de l’État français, de nombreux portraits du maréchal Pétain sont diffusés dans tout le pays. Cette personnalisation du régime est un des signes de son éloignement du modèle républicain. Ce portrait associe plusieurs éléments de la symbolique vichyssoise : le maréchal se veut sûr et protecteur. Pris en contre-plongée, il a l’air solidement campé sur ses pieds, inébranlable, c’est-à-dire en mesure de protéger la France des effets de la guerre. Il est celui derrière lequel on peut se rallier avec confiance. Bien que cette gravure soit dénuée de commentaire, elle est, par sa seule composition, un document de propagande.

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4.4 

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.4 : Brochure de propagande présentant le rôle de la femme, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 1562
Thème : Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : pp. 38-39
Commentaire : Pendant l’occupation, les hommes, prisonniers ou requis en Allemagne, sont bien souvent absents. Les femmes se voient donc confier une place plus importante dans la société. Le régime de Vichy, conservateur, conçoit pour les femmes un rôle bien précis : celui de mère de famille, en charge de la gestion domestique du foyer. C’est cette vision qui est traduite ici. Cette brochure de propagande est intéressante à double titre : sa signification et sa présentation graphique, indissociables l’une de l’autre.
C’est un graphisme moderne et épuré qui est utilisé pour dépeindre « la femme coquette, sans enfant »  inversement, l’illustration de la femme en tant que mère est traditionnelle, correspondant à ce que l’on trouve dans les livres pour enfants. Même constat pour les polices et les couleurs des caractères accompagnant ces images.
L’opposition entre ces deux femmes est simpliste, manichéenne et, par là même, réductrice. La coquette sans enfants mène une vie mondaine : promener son chien, danser, s’habiller et se maquiller, fréquenter des hommes, fumer et boire. La mère, tendre et douce, lit une histoire à son enfant sur ses genoux. Les textes qui accompagnent ces deux situations sont tout aussi simplistes et brutaux : la coquette « n’a pas sa place dans la cité, c’est une inutile ». Inversement, c’est grâce à la mère que « se forme ce qu’il y a de plus excellent dans le monde… un honnête homme ». Clairement, c’est elle qui est utile, c’est elle qui est présentée en modèle à toutes les femmes de France.
Ce document est un élément de la propagande familiale de Vichy, qui glorifie la femme-mère et mène une politique nataliste comme en Italie fasciste. Mais c’est aussi une dénonciation des milieux mondains et bourgeois dont on oppose la manière de vivre, présentée comme frivole et égoïste, au peuple laborieux. C’est bien l’ordre moral conforme à la devise « Travail, famille, patrie », qui est ici rappelé. 

5.2 

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.2 : Affiche de propagande relative à la journée des mères, 30 mai 1943, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 1562
Thème : Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : p. 51
Commentaire : Cette œuvre fait partie d’un ensemble d’affiches réalisées entre 1940 et 1944 par Phili pour le Commissariat général à la famille ou le Secrétariat d’État à la famille et à la santé comme « Donner la vie… engendrer la joie », « La famille, fruit du passé, germe de l’avenir », « Toi qui veux rebâtir la France, donne-lui d’abord des enfants »
Phili ou Phil sont les pseudonymes de Pierre Philippe Amédée Grach (1898-1987), illustrateur et graphiste. Avant la guerre, il travaille pour Le petit écho de la mode, périodique féminin, ou encore pour la Collection Stella, collection de romans populaires pour dames. Sous l’occupation, il devient le principal graphiste de la propagande familiale de Vichy. À la Libération, il dessine pour le compte du GPRF, Gouvernement provisoire de la République française.
La composition de l’œuvre est bien lisible, la porte marquant une verticale séparant l’affiche en deux parts égales. L’horizontale, à la perpendiculaire de la porte, délimite l’espace réservé au texte. Dans le tiers gauche, derrière la porte, trois enfants se cachent, des fleurs et des cadeaux à la main. Dans le tiers droit, une femme berce un nourrisson au-dessus d’un berceau.
Le graphisme est simple, tranchant nettement avec la modernité. La police de caractère est elle-même d’une grande sobriété.
L’affiche a pour but premier de rappeler « la journée des mères », instituée officiellement en 1941, et la date retenue. Il n’y a pas de slogan, mais le message est explicite : le bonheur est avant tout familial  une famille est nécessairement nombreuse  une femme se réalise dans la maternité, comme en témoigne le rayonnement qui émane de cette jeune mère et qui irradie tout ce qui l’entoure. Le lien avec la devise de l’État français, « Travail, Famille, Patrie » est évident. 
Cette représentation de la famille idéale est en profond décalage avec la réalité de l’occupation du territoire par les Allemands : ces enfants joufflus, bien nourris et bien habillés, ne connaissent visiblement pas le rationnement et la pénurie. Seule concession au monde réel, l’absence du père. Quel impact une telle propagande pouvait-elle avoir sur les Français et les Françaises ? Comment était-elle accueillie ?

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5.10

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.10 : Coupure de presse extraite de la Dépêche d’Eure-et-Loir, rapportant une circulaire du préfet Le Baube en date du 12 janvier 1942, Arch. dép. Eure-et-Loir, 15 W 9
Thème : La collaboration /  Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : p. 67
Commentaire : Le préfet Le Baube est un ardent serviteur de l’État français. Il reste en poste de 1941 jusqu’au début de l’année 1944. Après la Libération, il est arrêté puis jugé et condamné, avant d’être gracié.
Avant de s’interroger sur le contenu de la circulaire préfectorale, il convient de dire que ce n’est pas l’usage ordinaire que de la diffuser par voie de presse. Il s’agit peut-être d’une « fuite » ou la Dépêche d’Eure-et-Loir agit-elle plus probablement sur ordre afin de donner à cette circulaire relative aux dénonciations une large publicité.
En effet, l’administration se heurte à un problème certain en la matière. Elle a encouragé les dénonciations, sollicitant ainsi la conscience patriotique des citoyens désireux de soutenir l’action du régime. Mais si les dénonciations ont été nombreuses, elles n’ont pas pris la forme espérée. Plutôt que de dénoncer des opposants politiques, des saboteurs ou des comploteurs en assumant leur geste (c’est-à-dire en signant), les citoyens ont bien plus souvent usé de ce procédé pour régler des contentieux strictement personnels : conflits d’usage d’un terrain, rancœurs particulières ou tout motif n’ayant rien à voir avec la raison d’État. Or ce comportement insupporte le préfet, pétainiste convaincu, qui constate que ses administrés préfèrent l’opportunisme à un patriotisme affirmé. En diffusant cette circulaire, le préfet démontre son attachement aux valeurs morales du régime de Vichy autant qu’il dresse le constat d’échec de la propagande à ce sujet.

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L’occupation allemande : documents 4.1 

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

 Document 4.1 : Affiche bilingue de la Feldkommandantur de Chartres exigeant le dépôt des armes en mairies avant le 15 septembre 1941 sous peine de mort, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1065 W 9
Thème : L’occupation allemande
Place dans l’ouvrage : p. 32
Commentaire : L’armée d’occupation impose sa présence par la puissance militaire puis dicte ses volontés en administrant le territoire. Cette affiche de la Feldkommandantur de Chartres exige le dépôt des armes à feu dans les mairies, sous peine de mort. Il s’agit d’ôter aux citoyens tout moyen de poursuivre la lutte de l’intérieur. L’affiche est écrite d’abord en allemand puis en français, comme pour signifier aux habitants que c’est la règle allemande qui prévaut désormais. La mise en page de l’affiche (texte en allemand et couleurs rouges et noire du parti nazi) est manifestement destinée à créer un climat de peur et laisse entendre que la menace de mort sera appliquée sans miséricorde.

4.2 

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.2 : Demande manuscrite de Jean Moulin de délivrance d’un Ausweiss (laissez-passer) pour rejoindre la zone libre, novembre 1940. Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3 (RES 91).
Thème : L’occupation allemande / Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 35
Commentaire : L’administration allemande contrôle les allées et venues sur le territoire. Pour passer au sud en zone libre, il faut franchir la ligne de démarcation qui coupe la France en deux. Il est pour cela nécessaire d’avoir un Ausweiss (laissez-passer). En novembre 1940, Jean Moulin vient d’être démis de ses fonctions par le régime de Vichy. Il souhaite rejoindre la Provence. Il demande pour cela que son Ausweiss soit renouvelé et utilise une formule intéressante : « …pour me permettre de me retirer dans mon pays, en zone libre ». Il laisse ainsi entendre que la zone occupée n’est plus la France. Ce document invite aussi à étudier les modalités du contrôle des populations par les Allemands ainsi que la situation personnelle de Jean Moulin à cette date-là.

4.6 

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.6 : Cahier de punition pro-allemande imposée à Claude Lescuyer, élève du lycée Rotrou de Dreux, après l'apposition sur les murs de Dreux d'affiches hostiles à l'armée d'occupation par trois de ses camarades, janvier 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 J 1117
Thème : L’occupation allemande
Place dans l’ouvrage : p. 43
Commentaire : Ce cahier de dictées appartient à Claude Lescuyer, élève de seconde au lycée Rotrou à Dreux. Trois élèves, surpris à coller des affiches anti-allemandes, sont arrêtés, exclus de l’établissement et incarcérés pendant un mois. Par mesure de répression comme par souci de propagande, l’occupant impose des dictées à l’ensemble des élèves de seconde et de première du lycée. Ces punitions sont extrêmement significatives, tant sur le fond que sur la forme.
Sur le fond d’abord : on note que les thèmes développés suivent un ordre qui se veut logique et démonstratif. Il s’agit de faire entendre que l’Allemagne n’est responsable ni de la guerre, ni de l’occupation du territoire français, qu’elle veut la paix et que, de ce fait, tout acte de rébellion sera puni. Le rôle essentiel du Führer comme guide apparaît nettement. Enfin, dans la seconde page, les thèmes antisémites développés en Allemagne par les nazis sont repris et affirmés avec force.
Sur la forme : l’occupant, comme le régime de Vichy, considère la jeunesse comme le creuset potentiel des idéologies nouvelles. Il faut donc à tout prix corriger ce qui apparaît comme un dangereux écart à la pensée allemande. Les colleurs d’affiche ne sont donc pas simplement châtiés : ils offrent l’occasion d’un sérieux rappel de la doctrine des autorités d’occupation.

5.1

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.1 : Trois clichés :
Compagnie allemande sur la base aérienne de Chartres, sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 15 176 
Officiers allemands posant devant le château de Maintenon, sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 15 026 
Officiers allemands occupant un bâtiment privé à Tréon, (canton de Dreux-Sud), sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 15 215
Thème : L’occupation allemande
Place dans l’ouvrage : pp. 48-49
Commentaire : Ces trois photographies proviennent d’un album réalisé par un officier qui a pris un grand nombre de photos de sa campagne militaire en France. Il s’agit d’un reportage qui relève d’une initiative personnelle.
La première a été prise sur la base aérienne de Chartres. Elle montre une armée allemande disciplinée et organisée qui maîtrise le territoire ennemi, ici le pays chartrain symbolisé par sa cathédrale.
La deuxième présente cinq officiers allemands au bord des douves du château de Maintenon. Photographie au sujet plus léger où chacun prend une pose étudiée qui montre le vainqueur de 1940 sous des aspects bonhommes. Ces « touristes » d’un genre particulier n’en sont pas moins « en pays conquis ». 
La troisième, en apparence plus spontanée, présente des officiers et des soldats allemands devant un bâtiment. Tenues impeccables des officiers et des soldats et matériel militaire moderne témoignent d’une armée allemande sûre d’elle-même et des ses valeurs. Le bâtiment en arrière plan donne à voir la réalité de l’occupation : la réquisition et l’appropriation des habitations françaises, à commencer par les plus prestigieuses et les plus confortables. 
Trois clichés qui apportent une lumière nouvelle sur la guerre vue du côté allemand.

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Le ravitaillement : documents 4.3 

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.3 : Lettre du maire de la commune de Thimert portant réclamation au sujet du ravitaillement, 13 octobre 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 2037
Thème : Le ravitaillement
Place dans l’ouvrage : p. 37
Commentaire : Le ravitaillement est sans aucun doute le problème récurrent de ces années de guerre. Aux mobilisations françaises se sont ajoutées les réquisitions allemandes, réduisant très largement les stocks disponibles pour les civils. Ce document met en lumière plusieurs éléments importants en ce qui concerne le ravitaillement. On constate d’abord que la situation est critique alors que l’on est seulement en 1941. L’hiver 1943-1944 sera bien plus pénible encore. On perçoit ensuite un certain ressentiment des ruraux envers les citadins, les Parisiens en particulier, qui seraient mieux lotis  inversement, on raconte en ville que les habitants des campagnes s’en sortent mieux grâce à leur propre production et au marché noir.  Dans cette situation de rationnement, les rumeurs vont bon train et chacun envie les conditions de vie de son voisin. Enfin, les ratures barrant le courrier montrent que le fonctionnement des instances chargées du ravitaillement n’est pas très clair et attirent l’attention sur leur relative inefficacité.

7.1

Chapitre 7 : L’après-guerre : reconstruire sur les cendres

 Document 7.1 : Faux tickets de rationnement saisis par les services de la préfecture, 1949, Arch. dép. Eure-et-Loir, 75 W 593
Thème : Le ravitaillement
Place dans l’ouvrage : p. 76
Commentaire : Ces deux liasses de tickets de rationnement ont un double intérêt : elles montrent qu’en 1949, 4 ans après la fin de la guerre, il faut encore rationner l’alimentation et les produits de première nécessité des Français car la pénurie existe encore. La reconstruction se fait lentement.
Le second intérêt est le fait qu’il s’agit de faux. Les habitudes de débrouille et de contrefaçons contractées pendant la guerre n’ont pas disparues. Certains Français cherchent encore à tirer avantage de la situation à leur profit.

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La question juive : documents 4.5

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.5 : Réponse du maire de la commune de Lanneray (canton de Châteaudun) à une demande de recensement par la préfecture des fonctionnaires étrangers ou juifs, Arch. dép. Eure-et-Loir, 18 mars 1941, 1 W 78
Thème : La question juive
Place dans l’ouvrage : p. 42
Commentaire : La loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs prévoie dans son article 3 que : « L'accès et l'exercice de toutes les fonctions publiques autres que celles énumérées à l'art. 2 ne sont ouverts aux Juifs que s'ils peuvent exciper de l'une des conditions suivantes :
a. Être titulaire de la Carte de combattant 1914-1918 ou avoir été cité au cours de la campagne 1914-1918
b. Avoir été cité à l'ordre du jour au cours de la campagne 1939- 1940
c. Être décoré de la légion d'honneur à titre militaire ou de la Médaille militaire ». 
Il s’agit d’exclure les Juifs de la vie économique et sociale, de signifier à tous qu’ils ne sont pas dignes de remplir des emplois publics.
Des recensements réguliers sont donc lancés afin de vérifier que la loi est appliquée. La répétition de ces enquêtes montre l’intérêt que le gouvernement de Vichy porte à la question. Il est intéressant de relever ici l’agacement manifeste du maire, sans qu’il soit possible toutefois de dire si c’est l’insistance de l’administration ou le sujet de l’enquête qui en est la cause.

  5.3

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.3 : Note du préfet d’Eure-et-Loir demandant au Commandant de gendarmerie de procéder à l’arrestation de tous les Juifs se trouvant sur le marché de la ville de Chartres, 27 juin 1942, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 77.
Thème : La question juive
Place dans l’ouvrage : p. 54.  
Commentaire : Dès 1940, la population juive est exclue de la communauté française. Exclue de l’emploi et de la vie publique d’abord. Puis exclue physiquement. Ces mesures se durcissent considérablement au cours des années 1941 et 1942 selon une progression implacable : identification des individus, arrestation, internement en France, déportation, et, bien souvent, la mort.
Demandée par l’occupant, cette chasse est menée exclusivement par les forces de police françaises. L’Eure-et-Loir n’échappe pas à cette traque intensive : le préfet Pierre Le Baube relaie fidèlement les ordres de Vichy (cf. le cachet avec la francisque de l’État français à côté de la signature préfectorale).
Il convient de remarquer que les ordres sont donnés par un préfet et exécutés par les forces de l’ordre françaises, et non par l’occupant  qu’il n’est pas écrit que les gendarmes n’arrêteront que les Juifs étrangers, mais « tous les Juifs », quels que soient la nationalité, l’âge, le sexe et la fonction des personnes présentes sur le marché ce 27 juin 1942. Il convient de signaler aussi que cette rafle a été largement facilitée par le port de l’étoile, rendu obligatoire quelques semaines plus tôt. Enfin, il est attesté que dès le lendemain, 28 juin, un convoi de 25 Juifs quitte Chartres pour Auschwitz.

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  5.4

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.4 : Note du service des Renseignements généraux au préfet relative à la réaction de la population du canton de Brou à l’occasion d’arrestations de famille juives, 28 février 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 49.
Thème : La question juive
Place dans l’ouvrage : p. 55.  
Commentaire : Dans les années 1943 et 1944, les rafles de familles juives continuent. L’opposition d’une partie de l’opinion française (notamment de l’Église) au fait que les rafles soient menées par la police nationale a incité le régime de Vichy à laisser cette tâche aux Allemands. À la demande expresse de Pierre Laval, les enfants juifs sont déportés eux aussi, au prétexte de ne pas les séparer de leurs familles. Bien conscients que la politique antisémite vichyssoise n’est pas forcément du goût de l’opinion publique, les services de l’État assurent une surveillance des réactions populaires lors des opérations visant les familles juives. Cela révèle aussi les difficultés d’un régime soucieux de satisfaire les demandes allemandes et de conserver la confiance des Français. Le message porté par cette note est aussi implicitement adressé aux autorités d’occupation puisque ce sont leurs opérations qui sont présentées comme responsables du refus général de la politique de collaboration.

La réaction du corps social est elle aussi intéressante à étudier : ce n’est apparemment pas la rafle elle-même qui cause de l’émoi, mais le fait que les enfants soient séparés de leurs parents. C’est ce seul procédé qui est considéré comme étant indigne. Ce document, faisant alors état de la sensibilité de la population du canton de Brou, peut aujourd’hui au contraire être regardé comme le gage d’une acceptation tacite du principe d’arrestation et de déportation des Juifs.

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Résistance et répression : documents 4.7 

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.7 : Rapport du sous-préfet de Dreux au préfet faisant état d’un interrogatoire mené par le commissaire de police de Dreux révélant l’existence de réseaux résistants entre Londres, Paris, Dreux, Chartres et l’Algérie, 11 novembre 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 40
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 44-45
Commentaire :
Ce rapport du 11 novembre 1941 du sous-préfet de Dreux au préfet d’Eure-et-Loir, son supérieur hiérarchique, offre deux niveaux de lecture.
Le premier porte sur les modalités d’action des réseaux de Résistance. On y lit en effet un condensé de toutes les forces à l’œuvre dans la lutte contre l’Allemagne : les réseaux parisiens sont en contact avec l’Intelligence Service britannique qui finance les opérations  ces réseaux s’appuient sur des agents de liaisons très divers qui comptent des hommes et des femmes français bien sûr mais aussi des républicains espagnols qui ont fui le franquisme et poursuivent ainsi leur lutte contre le fascisme. Ces réseaux s’étendent autour de Paris jusqu’à Chartres et Dreux. L’Algérie leur sert de base arrière. Enfin, l’action révélée ici est double : il s’agirait de dérober des documents conservés dans un coffre rue de Rivoli à Paris (action de renseignement) mais aussi d’assassiner deux officiers allemands (action armée).
Le second porte sur l’enquête elle-même : le rapport indique en effet qu’il « semble qu’il s’agisse d’un faible d’esprit ». Si tel est le cas, il faut croire que celui-ci a imaginé cette histoire. Il faut donc rappeler que l’existence de liens entre les services d’espionnage britanniques et les groupes français de Résistance ne faisaient de doute pour personne. Ces éléments étaient régulièrement évoqués dans la presse autorisée, celle-ci condamnant par la même occasion les menées du général de Gaulle. Au cours de son interrogatoire, le suspect évoque aussi les attentats de Nantes et de Bordeaux.  Deux officiers allemands y ont en effet été assassinés par des résistants les 20 et 21 octobre 1941. Ces attentats ont connu un écho d’autant plus grand que les représailles allemandes furent sévères : 48 otages fusillés, dont le jeune Guy Môquet.  

4.8 

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

Document 4.8 : Lettre du préfet au Feldkommandant faisant état de l’arrestation de quatre communistes qui diffusaient des tracts sur la Route nationale 12 à hauteur de Saint-Rémy-sur-Avre, (canton de Brezolles). Exemplaires des tracts mentionnant le « Front national », alors nom d’un mouvement communiste, 20 août 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 85
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 47
Commentaire : Au sein des actions de Résistance, celle de l’information n’est pas la moins utile. Pour lutter contre le discours officiel de Vichy et des autorités allemandes, les mouvements résistants communiquent par des journaux clandestins ou diffusent des tracts. Ceux-ci peuvent être parachutés par avion, solution la moins risquée. D’autres fois,  comme ici, ils sont distribués par des militants qui circulent à vélo.
Dans ce cas, ces militants communistes viennent vraisemblablement de la région parisienne. Le mouvement est en effet peu ancré en Eure-et-Loir, territoire de tradition agricole plus qu’ouvrière. La date de ce document est particulièrement significative : respectant le pacte germano-soviétique de non-agression, les communistes français ne se sont pour la plupart pas engagés dans la Résistance avant le  22 juin 1941, date du début de l’attaque allemande sur la Russie, aussi appelée opération Barbarossa. S’appuyant à ce moment-là sur une organisation logistique solide, capable d’imprimer des tracts par milliers, ils viennent sensiblement grossir les rangs de la Résistance.
Ce courrier montre l’étroite collaboration entre la préfecture d’Eure-et-Loir et la Feldkommandantur. Court, le courrier met cependant en valeur l’action de la police française dans la traque des résistants et des opposants politiques. Il justifie l’action menée en ajoutant que « les personnes seraient, paraît-il, juives ».
La diffusion de tracts relève d’un choix : faire une opération « coup de poing » à raison de milliers de tracts, façon aussi de marquer le terrain du point de vue politique. Le message est donc lapidaire : « Front national pour l’indépendance française » désigne un groupe de résistants affilié au parti communiste comme la faucille et le marteau en ombre rouge le laissent entendre. « Morts aux assassins hitlériens » porte lui un discours encore plus direct contre l’occupant et toute forme de collaboration.

5.6 

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.6 : Tract manuscrit de l’Union des femmes de France, apposé sur la façade de la Feldgendarmerie de Dreux, rue Saint-Martin, le 16 mars 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 16
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : pp. 58-59
Commentaire : Cette affiche de mars 1944 a été placardée sur la façade de la Feldgendarmerie de Dreux avant d’être saisie, comme les déchirures l’attestent.
Il est intéressant d’insister sur le caractère artisanal de la propagande de Résistance. Les moyens sont limités et la réussite dépend beaucoup de l’implication des résistants. Il semble que l’affiche ait été faite en deux temps : formes et contours ont d’abord été faits au pointillé. Les feuilles ont peut-être alors été imprimées dans un atelier clandestin avant d’être coloriées à la main. Le tout fait non sans qualité créatrice. Les affiches ont ensuite été placardées par des membres d’un réseau de résistance féminin, l’Union des femmes de France.
Le thème principal est celui du refus des réquisitions allemandes comme en attestent le slogan et l’illustration du premier plan. L’Allemand y est moqué : on lui donne un coup de pied aux fesses, image symbolique de la Résistance. Les conséquences en seront une table mieux garnie pour les Français. Pour autant, est-ce un appel à pratiquer le marché noir ? On peut aussi s’interroger sur la date tardive, 1944, pour protester contre le pillage de la France par l’occupant. Est-ce la dégradation de la situation matérielle des familles ou l’attente espérée d’un débarquement allié qui suscite cette prise de risque de la part de ce réseau ?
Cette affiche témoigne de son temps : elle présente une France rurale, paisible, mais débrouillarde et rebelle. Elle donne aussi une image ambivalente de la femme : d’une part, au cœur des réseaux de résistance, au premier plan pour refuser l’occupation et jouant un rôle fondamental, d’autre part à la maison dévouée au service de son mari.

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5.7 

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.7 : Rapport du commissaire de police de Nogent-le-Rotrou au préfet relatif à l’activité de jeunes communistes dans le secteur d’Authon-du-Perche, 19 décembre 1943, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 40
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 60
Commentaire : Ce rapport du commissaire de police de Nogent-le-Rotrou au préfet d’Eure-et-Loir du 19 décembre 1943 montre clairement les risques qu’il y avait à résister.
Vu sous l’angle de la Résistance, il permet d’appréhender la façon dont on procédait pour approcher de nouvelles personnes dont on espérait qu’elles partageaient vos idées et vos engagements. Les deux pôles de la Résistance, information et action armée, se conjuguent afin de convaincre les Français de lutter contre les Allemands. Pour sa propagande, ce mouvement clandestin communiste convoque une gloire nationale et régionale, Marceau, pour le nom de son journal. Faire de nouvelles recrues et élargir l’opposition à l’occupant sont les autres axes de ce groupe. Les filles, autant que les garçons, ont leur place dans cette lutte. Se pose inévitablement la question de savoir quel lien ce groupe naissant entretient avec les réseaux de résistance, comment il est financé et approvisionné en matériel de propagandes et en armes.
Vu sous l’angle de la collaboration et de la lutte contre la Résistance organisée par Vichy, ce rapport dévoile les modes de surveillance policière. Les indicateurs cherchaient à infiltrer les réseaux et à recueillir un maximum d’informations : noms et adresses des résistants, organisation, caches d’armes, organes d’informations et de propagande, activités du réseau… On notera que le commissaire se garde bien de nommer son informateur.
Enfin, ce rapport montre à quel point les Français sont divisés quant à leurs opinions politiques et à leurs engagements. Ici, deux anciens camarades de classe empruntent des chemins opposés qui prennent un tour tragique. Le premier condamne son groupe de Résistance en faisant confiance à un de ses anciens camarades qui se révèle être un indicateur au service de Vichy. Celui-ci promet ainsi un groupe entier à un avenir funeste : arrestation ? Déportation ? Exécution ? Des destins croisés au cœur d’une impitoyable logique de guerre.

5.8

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.8 : Photographie de l’entrée du camp d’internement de Voves, sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 106 W 2
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 63
Commentaire : Cette photographie, sans indication de date, présente l’aspect qu’avait ce camp d’internement tel qu’on pouvait le voir depuis la route de Voves à Fains-la-Folie.
 Dès juin 1940, après la débâcle, des prisonniers de guerre français sont internés par les Allemands dans ce camp situé à la sortie de la commune de Voves et dont il reste encore aujourd’hui quelques éléments. Certains y restent jusqu’à la fin décembre 1940 puis sont conduits en Allemagne. Inutilisé quelques mois, le site est aménagé à la fin de l’année 1941 pour en faire un camp de prisonniers politiques. Les premiers internés arrivent le 5 janvier 1942, accueillis par le préfet en personne. Il s’agit d’abord de prisonniers politiques français ou d’ «indésirables » étrangers venant des camps de Châteaubriant (Loire-Atlantique) et d’Aincourt (Val d’Oise), récemment fermés.
Partie prenante d’un réseau de camps français, Voves reçoit des hommes arrêtés en Eure-et-Loir mais aussi dans d’autres départements. On compte des Juifs, des résistants, et un grand nombre de communistes. Victimes d’une véritable chasse par le régime de Vichy, ceux-ci sont soumis à un traitement plus dur encore que les autres détenus.
Plus de 2 000 hommes y séjournent, plus ou moins longtemps. Les libérations sont soumises à une obligation de signer un document nominatif indiquant clairement le « ralliement au nouvel ordre social ». Mais rares sont ceux qui acceptent, marquant là encore l’impuissance de Vichy à convaincre les esprits réticents. La déportation est pourtant une menace constante. Elle devient effective pour plus de 600 de ces internés qui transitent souvent par le camp de Compiègne (Oise), réservé aux ennemis actifs du Reich. Seul un quart de ces hommes reviendra des camps de la mort.
Mais si l’objectif d’isolement et de déportation des opposants est atteint, la présence du camp nuit à la réputation du régime en révélant par là son caractère autoritaire.
Ce sont ces derniers aspects qu’il est possible d’étudier grâce à cette photographie. On insistera tout particulièrement sur trois d’entre-eux :
C’est un camp d’internement, c’est-à-dire d’isolement de populations jugées indésirables : on remarquera la clôture entourant le camp, le mirador le surplombant, la guérite occupée par un gendarme, et même le panneau indiquant pudiquement qu’il s’agit d’un « centre de séjour surveillé ».
C’est un camp français tenu par des Français. Les indications sont en français et le personnel de garde est français (cf. le gendarme avec son képi).
C’est un camp sous autorité de Vichy : dès l’entrée, la francisque et la devise de l’État français « Travail, Famille, Patrie » le rappellent à tout visiteur.
Pour conclure, il est possible de s’interroger sur l’aspect extérieur du camp que nous livre cette photographie bien cadrée. Pas de barrière à l’entrée, un seul gendarme en faction, une allée bien tenue et grande ouverte menant aux bureaux proprets de la direction d’un « centre de séjour surveillé ». On est loin de l’image de la prison, encore plus d’un camp de prisonniers ou de concentration. Faut-il y voir une volonté de masquer la réalité de l’épuration politique et raciale que menait l’État français ?

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Le Service du Travail Obligatoire : document 5.5

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.5 : Note du commissaire des Renseignements généraux au préfet, relative à un incident produit en gare de Chartres lors d’un départ de travailleurs à destination de l’Allemagne, 21 juin 1943, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 57
Thème : Le Service du Travail Obligatoire
Place dans l’ouvrage : p. 57
Commentaire : Le conflit mondial s’étirant en longueur et touchant un territoire de plus en plus étendu, le Reich s’est vu contraint d’envoyer la plus grande partie de ses ouvriers au front. Afin de remplacer ces hommes, le régime nazi a fait appel à la main d’œuvre des pays soumis, et la France en a fourni une très grande part. Ces réquisitions étaient de deux natures : la première, appelée « Organisation Todt » consistait à envoyer des hommes sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord pour construire des fortifications appelées à prévenir un débarquement allié. La seconde, organisée par  Vichy à la demande d’Hitler, a pris le nom de Service du Travail Obligatoire (STO). Il s’agissait d’envoyer des travailleurs français dans les usines allemandes pour faire tourner l’économie de guerre. Les appels pour le STO étaient conçus sur le mode du recrutement militaire, c’est-à-dire en termes de « classe ». Les jeunes hommes nés en 1920 ont donc d’abord été appelés. Puis ceux nés en 1921, etc.
Ce document témoigne d’un fait intéressant : la rencontre imprévue, en gare de Chartres, d’un train de travailleurs de l’Organisation Todt et d’un train de voyageurs embarquant une centaine de jeunes gens envoyés en Allemagne au titre du STO. Le comportement des deux communautés d’hommes est rapporté par un agent des Renseignements généraux dont on ne sait s’il était posté en surveillance à la gare (lieu privilégié d’actions résistantes ou de mouvements contestataires) ou s’il était présent à ce moment-là par hasard. Car l’attitude des deux groupes est riche d’informations sur le climat politique du moment. D’abord, le train des hommes requis pour l’Organisation Todt est porteur de nombreuses inscriptions hostiles au gouvernement, et à Pierre Laval en particulier (le maréchal, semble lui épargné par ces critiques). Ces hommes haranguent même les jeunes hommes envoyés au STO « Ne vous en faîtes pas les gars, on les aura ».
Les jeunes hommes, eux, sont beaucoup moins véhéments. Il faut noter que 110 sont présents sur 117 appelés. C’est dire que ces jeunes ont très largement obéi aux injonctions qui leurs étaient adressées, alors même que le nombre général de réfractaires est assez important (autour de 20% en France). Aussi, peut-être ne se sentaient-ils pas autorisés à manifester leur opposition au régime. Toujours est-il que la scène offre un instantané précieux de l’ambiance générale en cette année 1943.

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La collaboration : documents 5.9 

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.9 : Lettre reçue par Jean Héritier faisant état de sa pensée antisémite, 30 novembre 1943, 51 J NC 1
Thème : La collaboration
Place dans l’ouvrage : p. 66
Commentaire :
Professeur au collège Rémy Belleau de Nogent-le-Rotrou, Jean Hériter fait partie de l’élite intellectuelle de l’extrême droite française. En plus de son activité d’enseignement, il a participé à de nombreuses publications servant une idéologie raciste et, localement, à œuvré pour l’arrestation de résistants dans cette zone particulièrement active du Perche. Connu pour toutes ces activités, il a fort opportunément quitté la France début août 1944, protégé par les autorités allemandes en retraite, lui évitant un sort autrement moins enviable. L’ensemble de ses papiers ont alors été saisis à son domicile par le tribunal d’Instance de Nogent-le-Rotrou.
Au sein de ces documents, se trouve cette pièce de correspondance échangée avec Louis Prax, directeur de l’hebdomadaire Au Pilori, du 30 novembre 1943. M. Prax lui propose de collaborer à la rédaction de son journal.
La correspondance entre les deux hommes offre l’occasion d’étudier ce qu’est la pensée antisémite, exposée ici sans fard puisque partagée unanimement par les deux intellectuels. Une pensée intrinsèquement raciste donc, et conspirationniste comme le laisse entendre le terme de « juiverie ». Mais aussi une pensée marquée par le mépris des Français communs, qualifiés de « masse des ignorants qui nous entourent ». Ce document offre ainsi un aperçu glaçant de ce qu’était alors l’environnement de pensée d’une petite partie de la population française. D’ailleurs il ne s’agit pas tant d’une pensée organiquement attaché au régime de Vichy que d’un discours propre à une classe intellectuelle et sociale qui a perduré depuis le début de la IIIème République et qui, derrière Charles Maurras, partisan d’un antisémitisme d’État, trouve un voisinage heureux avec le régime de Vichy.

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5.10

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.10 : Coupure de presse extraite de la Dépêche d’Eure-et-Loir, rapportant une circulaire du préfet Le Baube en date du 12 janvier 1942, Arch. dép. Eure-et-Loir, 15 W 9
Thème : La collaboration /  Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : p. 67
Commentaire : Le préfet Le Baube est un ardent serviteur de l’État français. Il reste en poste de 1941 jusqu’au début de l’année 1944. Après la Libération, il est arrêté puis jugé et condamné, avant d’être gracié.
Avant de s’interroger sur le contenu de la circulaire préfectorale, il convient de dire que ce n’est pas l’usage ordinaire que de la diffuser par voie de presse. Il s’agit peut-être d’une « fuite » ou la Dépêche d’Eure-et-Loir agit-elle plus probablement sur ordre afin de donner à cette circulaire relative aux dénonciations une large publicité.
En effet, l’administration se heurte à un problème certain en la matière. Elle a encouragé les dénonciations, sollicitant ainsi la conscience patriotique des citoyens désireux de soutenir l’action du régime. Mais si les dénonciations ont été nombreuses, elles n’ont pas pris la forme espérée. Plutôt que de dénoncer des opposants politiques, des saboteurs ou des comploteurs en assumant leur geste (c’est-à-dire en signant), les citoyens ont bien plus souvent usé de ce procédé pour régler des contentieux strictement personnels : conflits d’usage d’un terrain, rancœurs particulières ou tout motif n’ayant rien à voir avec la raison d’État. Or ce comportement insupporte le préfet, pétainiste convaincu, qui constate que ses administrés préfèrent l’opportunisme à un patriotisme affirmé. En diffusant cette circulaire, le préfet démontre son attachement aux valeurs morales du régime de Vichy autant qu’il dresse le constat d’échec de la propagande à ce sujet.

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La Libération : documents 6.1 

Chapitre 6 : La Libération : l’euphorie passagère

Document 6.1 : Deux clichés :
La Porte Guillaume en ruine, dynamitée par les Allemands au cours de leur retraite dans la nuit du 15 au 16 août 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 18 016
La ville de Chartres sous les décombres, 1944, 5 NUM 18 014
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : p. 70
Commentaire :
Avant d’être un grand moment de réjouissance publique, la Libération est l’heure d’ultimes mais non moins violents combats. Ces deux photographies sont l’occasion d’aborder la libération sous cet angle. La première présente la Porte Guillaume après que les Allemands l’aient faite sauter. La deuxième montre la rue Delattre de Tassigny, entre la place Marceau et la place de l’hôtel de ville de Chartres atteinte par des bombes.
Il s’agit de bien distinguer destructions alliées et destructions allemandes, même si les ruines sont des ruines et que le bilan à la fin de la guerre n’en fait pas le compte. Les bombardements alliés ont une fin préventive : il s’agit de détruire les infrastructures de transport pour gêner la machine de guerre allemande dans son organisation du territoire, dans le pillage de ses ressources aussi. Les destructions allemandes sont plus tardives : elles ne datent que du recul des troupes devant les libérateurs. Elles ont elles aussi une fonction militaire (freiner l’avancée des Alliés) mais parfois aussi de représailles symboliques (détruire la Porte Guillaume) voire, par ailleurs, simplement et froidement meurtrières (massacre d’Oradour-sur-Glane notamment). D’autres fois, ce sont les conflits urbains entre les groupes de combattants (résistants soutenus par les soldats américains contre les dernières troupes allemandes) qui ont fait des dégâts matériels parfois importants.
Les effets de ces destructions soulèvent plusieurs questions : d’abord celles de l’atteinte au patrimoine immobilier, économique et culturel et du coût de la reconstruction bien sûr, mais aussi celle du moral des populations et de l’accueil fait à ces alliés qui sont responsables de grands dégâts matériels, et souvent même de bombardements mortels.

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6.2 

Chapitre 6 : La Libération : l’euphorie passagère

Document 6.2 : Un soldat américain et des FFI entourent des soldats allemands faits prisonniers, 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 20 Fi 153
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : p. 72
Commentaire : Photographie montrant trois soldats allemands faits prisonniers. Aucune indication de lieu ni de date. Il est vraisemblable qu’elle ait été prise entre le 18 et le 20 août 1944, le 19 marquant la fin des combats et la libération de Chartres. D’après l’historien local Roger Joly, il s’agirait de soldats allemands embusqués dans la cathédrale (La libération de Chartres, Paris, 1994, p. 14). Pour ridiculiser l’officier allemand, il a été coiffé d’un casque trop petit. Sa casquette apparaît sur la gauche de la photographie, tenue par un témoin dont seuls les doigts entrent dans le champ de la prise de vue. À droite des soldats prisonniers, un maquisard français pose la main sur l’épaule d’un soldat américain. Cette mise en scène constitue un tableau qui résume sans doute assez bien la volonté de certains résistants en cette fin de guerre, après des semaines, voire des mois d’âpres conflits et de vie clandestine : une façon de marquer enfin la domination sur les soldats allemands, de se venger de quatre années d’occupation, de manifester sa joie à la Libération, de s’afficher du côté des résistants et des vainqueurs en rappelant sa part de responsabilité dans la victoire.

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6.3 

Chapitre 6 : La Libération : l’euphorie passagère

Document 6.3 : Le général de Gaulle à Chartres le 23 août 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 20 Fi 157
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : p. 73
Commentaire : Cette photographie a été prise le 23 août 1944. Chartres, libérée depuis le 19 août, accueille le chef de la France libre. Sur le perron de la Poste, devenue depuis médiathèque de la ville de Chartres, le général de Gaulle s’adresse à une foule nombreuse. Il est entouré de militaires américains et des forces locales de la Résistance. On reconnaît ainsi Duroc, en fait le capitaine Herbelin, chef du maquis de Plainville, trois galons sur son béret et un brassard marqué de la croix de Lorraine.
Cette photographie, une parmi d’autres relatant le passage de de Gaulle à Chartres, véhicule un message fort et sans ambiguïté : un chef, de Gaulle, en position haute, s’adressant à tous  des forces combattantes, toutes réunies derrière lui : résistants et maquisards, militaires français et américains  des enfants, l’avenir de la France, présents pour l’entendre  des drapeaux tricolores au dessus et en dessous de la tribune, à nouveau libres de flotter au vent.
Bref, de Gaulle est présenté comme le chef incontesté de cette France débarrassée de l’occupant allemand. Le général, par et autour de sa personne, refonde l’unité et la cohésion nationales.

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6.4

Chapitre 6 : La Libération : l’euphorie passagère

Document 6.4 : Quatre clichés : À Courtalain, un pantin d’Hitler est présenté dans le bourg puis brûlé, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 J 1173
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : pp. 74-75
Commentaire : Ces quatre photographies sont à étudier successivement comme un reportage photographique d’un même évènement. La première présente un groupe d’hommes posant en compagnie d’une effigie d’Adolph Hitler devant un panneau donnant la clef de lecture de la scène. La deuxième photographie est prise devant les grilles du château où le pantin d’Hitler a été mené. Des enfants en costume de fête lancent des acclamations. Les deux dernières photographies montrent la place principale de Courtalain où la foule s’est rassemblée autour du pantin. Après avoir entendu des discours, l’effigie est brûlée tandis que les enfants et de jeunes adultes font la ronde. Les plus âgés, derrière, observent.
Ces images donnent à voir un moment festif de la Libération et de la fin de la guerre. Elles soulèvent peut-être plus de questions qu’elles n’apportent de réponses sur cette période trouble. Qui sont ces hommes (et uniquement des hommes) qui posent autour du dictateur nazi : simples citoyens ayant subi la guerre, résistants ? Leur lecture de la guerre prend une dimension morale comme semble l’indiquer l’inscription sur le panneau. Ce simulacre a plusieurs vertus : violence symbolique permettant d’évacuer toute autre forme de violence, choix d’une victime expiatoire symbolique et fédératrice plutôt que physique et discutable (on pense aux femmes tondues ailleurs), rédemption d’une population peu active pendant la guerre, unification et purification d’une population divisée entre pétainistes et gaullistes mais antihitlérienne … ?

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L’après-guerre : document 7.2

Chapitre 7 : L’après-guerre : reconstruire sur les cendres

Document 7.2 : Procès-verbal de gendarmerie, brigade de la Loupe, arrestation d’une personne ayant dénoncé un habitant pour une querelle de voisinage, celui-ci ayant été envoyé au camp de Buchenwald, 14 mai 1945, Arch. dép. Eure-et-Loir, 20 W 160
Thème : L’après-guerre
Place dans l’ouvrage : p. 79
Commentaire : Pendant la guerre, les dénonciations calomnieuses sont nombreuses. On profite de la justice expéditive pour régler un conflit quelconque. La détention d’armes étant interdite (voir document 4.1), il suffit de dénoncer un voisin sur ce motif pour qu’il soit arrêté. C’est ce ressort qui a été utilisé par la personne mise en cause dans ce procès-verbal de gendarmerie. Ce document, en plus de faire clairement état de ces pratiques courantes durant les années de guerre, illustre la réalité de la période

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  Chapitre 1 : La montée des périls : redouter et prévoir

Chapitre 1 : La montée des périls : redouter et prévoir

Document 1.1 : Plan d’extinction des lumières de la ville de Chartres (1937), détail, Arch. dép. Eure-et-Loir, 10 R 116
Thème : La préparation à la guerre
Place dans l’ouvrage : pp. 14-15
Commentaire : Dès 1937, suivant les instructions nationales, les services de la ville de Chartres élaborent un ensemble de dispositions à prendre en cas d’attaque aérienne. L'éclairage nocturne en fait partie. Il est en effet un enjeu stratégique en temps de guerre car les zones habitées (et donc les populations civiles) sont devenues une cible de la guerre moderne. Ce document permet de révéler à la fois le sentiment d'imminence de la guerre à la fin des années 1930 et la mutation principale de l’art de la guerre depuis 1918 : le rôle des bombardements aériens.

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Chapitre 2 : La « drôle de guerre » : la guerre sans les armes

Chapitre 2 : La « drôle de guerre » : la guerre sans les armes

 Document 2.1 : Lettre du préfet au président de la commission de réception de Maintenon, 27 janvier 1940, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3
Thème : L’effort de guerre
Place dans l’ouvrage : p. 16
Commentaire : La guerre est officiellement déclarée le 3 septembre 1939. Dès lors, l’armée française réunit des milliers d’hommes sur le front de l’Est. Le pays invite chaque territoire, dans la mesure de ses moyens, à contribuer à cette mobilisation, notamment en participant au ravitaillement de l’armée. Les départements industriels se chargent de l’équipement des troupes. L’Eure-et-Loir participe plutôt au ravitaillement en foin et en paille. Le courrier du préfet illustre le soin apporté à cette demande, et souligne aussi, par la demande de fourrage, que l’armée française, peu motorisée, est encore largement dépendante de la force animale. Une grande partie de l’artillerie est en effet encore à traction hippomobile. Ce sous-équipement a souvent été présenté comme une des principales causes de la déroute de l’été 1940.


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Document 2.2 : Plan des abris aménagés à Chartres entre la rue Sainte-Même et la rue de la cathédrale, [1940]. Arch. dép. Eure-et-Loir, 10 R 119
Thème : La préparation à la guerre
Place dans l’ouvrage : p. 19
Commentaire : En prévision des bombardements aériens qui menacent les zones urbaines peuplées, on réalise à Chartres un vaste réseau d’abris, reliant les caves les unes aux autres. Ce réseau compte des puits de renouvellement d’air et des voies de circulation souterraines. Ce plan laisse deviner l’ampleur des travaux engagés pour ce faire. Il permet aussi de faire sentir aux élèves ce qu’étaient les conditions de vie d’alors (appréhension des bruits des avions, sirènes d’alertes retentissant dans la ville, attente dans des caves bondées) en même temps qu’il témoigne d’un paysage urbain propre au temps de guerre, la dimension souterraine entrant alors, pour quelques mois, dans l’espace public.

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Chapitre 3 : L’été 40 : Jean Moulin, gardien de l’honneur

Chapitre 3 : Jean Moulin, gardien de l’honneur

Document 3.1 : Affiche de la préfecture placardée dans le département et incluse dans la presse, 13 juin 1940. Arch. dép. Eure-et-Loir, PER 40 1940
Thème : L’exode / Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 22
Commentaire : Le 13 juin 1940, alors que l’exode engorge les routes, le préfet s’élève contre ce mouvement de fuite, selon lui contraire au devoir des Français. Il porte un regard sévère sur l’exode et craint que le phénomène ne se renforce de lui-même. Il en appelle à la dignité et au patriotisme mais, comme si ces deux valeurs ne devaient pas suffire, prévient aussi que des sanctions seront prises contre ceux qui excitent le sentiment de panique et inquiètent les foules (ce sont les « paniquards ») et contre ceux qui abandonnent leur fonction (élus, fonctionnaires). Après cet appel à la dignité, les derniers mots du préfet, « J’ai confiance. Nous vaincrons », sont, eux, gages des sentiments de sûreté et d’assurance qu’il voudrait voir partagés.

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Document 3.2 : Photographie de Jean Moulin et du major Von Gültlingen dans la cour de la préfecture quelques jours après la nuit du 17 juin. Musée des Beaux-arts de Chartres
Thème : Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 25
Commentaire : Dans la nuit du 17 juin 1940, Jean Moulin est sévèrement mis à mal par des soldats allemands qui voudraient lui faire signer un document établissant la responsabilité de soldats français d’origine sénégalaise dans des exactions commises sur des civils. Ce ne sont que des allégations et le préfet refuse. Craignant de ne pas résister au traitement qui lui est réservé, il tente de mettre fin à ses jours. Le lendemain, le major Von Gültlingen, chef de l’état major allemand, informé de la chose, libère le préfet et le fait soigner. Le major Von Gültlingen, officier non nazi, héritier de la vieille armée prussienne, respecte le code de la guerre et l’honneur militaire. En faisant réaliser cette photo, il adresse deux messages : d’abord que le préfet va bien (le bruit des évènements de la nuit du 17 juin s’est répandu dans le département) et ensuite que Jean Moulin incarne l'autorité de la France comme lui-même représente l'Allemagne.

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Document 3.3 : Lettre de M. Roland Marie rendant hommage à Jean Moulin et lui faisant part du dévouement du curé d’Épernon, 26 juillet 1940, En rouge, mention manuscrite de Jean Moulin : « 1) Répondre 2) Lettre de félicitation et de remerciement au curé 3) Le signaler à l’évêque », Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3
Thème : L’exode
Place dans l’ouvrage : pp. 28-29
Commentaire : Ce courrier est adressé au préfet par un particulier, M. Roland Marie, habitant de la commune de Bezons, du département de la Seine-et-Oise (commune de l'actuel département du Val d'Oise). M. Marie faisait donc vraisemblablement partie de la grande masse des personnes ayant quitté leur foyer pour fuir vers le sud. Au moment de traverser la ville d’Epernon, M. Marie a perdu ses petites-filles, victimes d’un bombardement meurtrier.. Dans ces circonstances, il constate que le curé d’Epernon fait preuve d’un engagement total auprès des habitants de la ville. C’est cette noble attitude que M. Marie signale au préfet Jean Moulin, en même temps qu’il lui exprime sa reconnaissance pour sa conduite au cours des évènements de la Taye. L’occasion d’étudier les effets de l’exode, le comportement des citoyens en ces jours difficiles (à comparer aux « paniquards » dénoncés par Jean Moulin dans son appel du 13 juin), ainsi que le rapport particulier qui unit les habitants au préfet, premiers éléments de son mythe.

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Document 3.4 : Portrait du maréchal Pétain. Gravure au burin dédicacée à la commune de Berchères-sur-Vesgre (canton d’Anet).  Arch. comm. de Berchères-sur-Vesgre
Thème : Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : p. 30
Commentaire : Dès les premiers mois d’existence de l’État français, de nombreux portraits du maréchal Pétain sont diffusés dans tout le pays. Cette personnalisation du régime est un des signes de son éloignement du modèle républicain. Ce portrait associe plusieurs éléments de la symbolique vichyssoise : le maréchal se veut sûr et protecteur. Pris en contre-plongée, il a l’air solidement campé sur ses pieds, inébranlable, c’est-à-dire en mesure de protéger la France des effets de la guerre. Il est celui derrière lequel on peut se rallier avec confiance. Bien que cette gravure soit dénuée de commentaire, elle est, par sa seule composition, un document de propagande.

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Chapitre 4 : Septembre 1940 – Décembre 1941 : la guerre s’installe

Chapitre 4 : Septembre 1940 – décembre 1941 : la guerre s’installe

 Document 4.1 : Affiche bilingue de la Feldkommandantur de Chartres exigeant le dépôt des armes en mairies avant le 15 septembre 1941 sous peine de mort, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1065 W 9
Thème : L’occupation allemande
Place dans l’ouvrage : p. 32
Commentaire : L’armée d’occupation impose sa présence par la puissance militaire puis dicte ses volontés en administrant le territoire. Cette affiche de la Feldkommandantur de Chartres exige le dépôt des armes à feu dans les mairies, sous peine de mort. Il s’agit d’ôter aux citoyens tout moyen de poursuivre la lutte de l’intérieur. L’affiche est écrite d’abord en allemand puis en français, comme pour signifier aux habitants que c’est la règle allemande qui prévaut désormais. La mise en page de l’affiche (texte en allemand et couleurs rouges et noire du parti nazi) est manifestement destinée à créer un climat de peur et laisse entendre que la menace de mort sera appliquée sans miséricorde.

 Document 4.2 : Demande manuscrite de Jean Moulin de délivrance d’un Ausweiss (laissez-passer) pour rejoindre la zone libre, novembre 1940. Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3 (RES 91).
Thème : L’occupation allemande / Jean Moulin
Place dans l’ouvrage : p. 35
Commentaire : L’administration allemande contrôle les allées et venues sur le territoire. Pour passer au sud en zone libre, il faut franchir la ligne de démarcation qui coupe la France en deux. Il est pour cela nécessaire d’avoir un Ausweiss (laissez-passer). En novembre 1940, Jean Moulin vient d’être démis de ses fonctions par le régime de Vichy. Il souhaite rejoindre la Provence. Il demande pour cela que son Ausweiss soit renouvelé et utilise une formule intéressante : « …pour me permettre de me retirer dans mon pays, en zone libre ». Il laisse ainsi entendre que la zone occupée n’est plus la France. Ce document invite aussi à étudier les modalités du contrôle des populations par les Allemands ainsi que la situation personnelle de Jean Moulin à cette date-là.

 Document 4.3 : Lettre du maire de la commune de Thimert portant réclamation au sujet du ravitaillement, 13 octobre 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 2037
Thème : Le ravitaillement
Place dans l’ouvrage : p. 37
Commentaire : Le ravitaillement est sans aucun doute le problème récurrent de ces années de guerre. Aux mobilisations françaises se sont ajoutées les réquisitions allemandes, réduisant très largement les stocks disponibles pour les civils. Ce document met en lumière plusieurs éléments importants en ce qui concerne le ravitaillement. On constate d’abord que la situation est critique alors que l’on est seulement en 1941. L’hiver 1943-1944 sera bien plus pénible encore. On perçoit ensuite un certain ressentiment des ruraux envers les citadins, les Parisiens en particulier, qui seraient mieux lotis  inversement, on raconte en ville que les habitants des campagnes s’en sortent mieux grâce à leur propre production et au marché noir.  Dans cette situation de rationnement, les rumeurs vont bon train et chacun envie les conditions de vie de son voisin. Enfin, les ratures barrant le courrier montrent que le fonctionnement des instances chargées du ravitaillement n’est pas très clair et attirent l’attention sur leur relative inefficacité.

Document 4.4 : Brochure de propagande présentant le rôle de la femme, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 1562
Thème : Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : pp. 38-39
Commentaire : Pendant l’occupation, les hommes, prisonniers ou requis en Allemagne, sont bien souvent absents. Les femmes se voient donc confier une place plus importante dans la société. Le régime de Vichy, conservateur, conçoit pour les femmes un rôle bien précis : celui de mère de famille, en charge de la gestion domestique du foyer. C’est cette vision qui est traduite ici. Cette brochure de propagande est intéressante à double titre : sa signification et sa présentation graphique, indissociables l’une de l’autre.
C’est un graphisme moderne et épuré qui est utilisé pour dépeindre « la femme coquette, sans enfant »  inversement, l’illustration de la femme en tant que mère est traditionnelle, correspondant à ce que l’on trouve dans les livres pour enfants. Même constat pour les polices et les couleurs des caractères accompagnant ces images.
L’opposition entre ces deux femmes est simpliste, manichéenne et, par là même, réductrice. La coquette sans enfants mène une vie mondaine : promener son chien, danser, s’habiller et se maquiller, fréquenter des hommes, fumer et boire. La mère, tendre et douce, lit une histoire à son enfant sur ses genoux. Les textes qui accompagnent ces deux situations sont tout aussi simplistes et brutaux : la coquette « n’a pas sa place dans la cité, c’est une inutile ». Inversement, c’est grâce à la mère que « se forme ce qu’il y a de plus excellent dans le monde… un honnête homme ». Clairement, c’est elle qui est utile, c’est elle qui est présentée en modèle à toutes les femmes de France.
Ce document est un élément de la propagande familiale de Vichy, qui glorifie la femme-mère et mène une politique nataliste comme en Italie fasciste. Mais c’est aussi une dénonciation des milieux mondains et bourgeois dont on oppose la manière de vivre, présentée comme frivole et égoïste, au peuple laborieux. C’est bien l’ordre moral conforme à la devise « Travail, famille, patrie », qui est ici rappelé. 

Document 4.5 : Réponse du maire de la commune de Lanneray (canton de Châteaudun) à une demande de recensement par la préfecture des fonctionnaires étrangers ou juifs, Arch. dép. Eure-et-Loir, 18 mars 1941, 1 W 78
Thème : La question juive
Place dans l’ouvrage : p. 42
Commentaire : La loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs prévoie dans son article 3 que : « L'accès et l'exercice de toutes les fonctions publiques autres que celles énumérées à l'art. 2 ne sont ouverts aux Juifs que s'ils peuvent exciper de l'une des conditions suivantes :
a. Être titulaire de la Carte de combattant 1914-1918 ou avoir été cité au cours de la campagne 1914-1918
b. Avoir été cité à l'ordre du jour au cours de la campagne 1939- 1940
c. Être décoré de la légion d'honneur à titre militaire ou de la Médaille militaire ». 
Il s’agit d’exclure les Juifs de la vie économique et sociale, de signifier à tous qu’ils ne sont pas dignes de remplir des emplois publics.
Des recensements réguliers sont donc lancés afin de vérifier que la loi est appliquée. La répétition de ces enquêtes montre l’intérêt que le gouvernement de Vichy porte à la question. Il est intéressant de relever ici l’agacement manifeste du maire, sans qu’il soit possible toutefois de dire si c’est l’insistance de l’administration ou le sujet de l’enquête qui en est la cause.

Document 4.6 : Cahier de punition pro-allemande imposée à Claude Lescuyer, élève du lycée Rotrou de Dreux, après l'apposition sur les murs de Dreux d'affiches hostiles à l'armée d'occupation par trois de ses camarades, janvier 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 J 1117
Thème : L’occupation allemande
Place dans l’ouvrage : p. 43
Commentaire : Ce cahier de dictées appartient à Claude Lescuyer, élève de seconde au lycée Rotrou à Dreux. Trois élèves, surpris à coller des affiches anti-allemandes, sont arrêtés, exclus de l’établissement et incarcérés pendant un mois. Par mesure de répression comme par souci de propagande, l’occupant impose des dictées à l’ensemble des élèves de seconde et de première du lycée. Ces punitions sont extrêmement significatives, tant sur le fond que sur la forme.
Sur le fond d’abord : on note que les thèmes développés suivent un ordre qui se veut logique et démonstratif. Il s’agit de faire entendre que l’Allemagne n’est responsable ni de la guerre, ni de l’occupation du territoire français, qu’elle veut la paix et que, de ce fait, tout acte de rébellion sera puni. Le rôle essentiel du Führer comme guide apparaît nettement. Enfin, dans la seconde page, les thèmes antisémites développés en Allemagne par les nazis sont repris et affirmés avec force.
Sur la forme : l’occupant, comme le régime de Vichy, considère la jeunesse comme le creuset potentiel des idéologies nouvelles. Il faut donc à tout prix corriger ce qui apparaît comme un dangereux écart à la pensée allemande. Les colleurs d’affiche ne sont donc pas simplement châtiés : ils offrent l’occasion d’un sérieux rappel de la doctrine des autorités d’occupation.

Document 4.7 : Rapport du sous-préfet de Dreux au préfet faisant état d’un interrogatoire mené par le commissaire de police de Dreux révélant l’existence de réseaux résistants entre Londres, Paris, Dreux, Chartres et l’Algérie, 11 novembre 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 40
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 44-45
Commentaire :
Ce rapport du 11 novembre 1941 du sous-préfet de Dreux au préfet d’Eure-et-Loir, son supérieur hiérarchique, offre deux niveaux de lecture.
Le premier porte sur les modalités d’action des réseaux de Résistance. On y lit en effet un condensé de toutes les forces à l’œuvre dans la lutte contre l’Allemagne : les réseaux parisiens sont en contact avec l’Intelligence Service britannique qui finance les opérations  ces réseaux s’appuient sur des agents de liaisons très divers qui comptent des hommes et des femmes français bien sûr mais aussi des républicains espagnols qui ont fui le franquisme et poursuivent ainsi leur lutte contre le fascisme. Ces réseaux s’étendent autour de Paris jusqu’à Chartres et Dreux. L’Algérie leur sert de base arrière. Enfin, l’action révélée ici est double : il s’agirait de dérober des documents conservés dans un coffre rue de Rivoli à Paris (action de renseignement) mais aussi d’assassiner deux officiers allemands (action armée).
Le second porte sur l’enquête elle-même : le rapport indique en effet qu’il « semble qu’il s’agisse d’un faible d’esprit ». Si tel est le cas, il faut croire que celui-ci a imaginé cette histoire. Il faut donc rappeler que l’existence de liens entre les services d’espionnage britanniques et les groupes français de Résistance ne faisaient de doute pour personne. Ces éléments étaient régulièrement évoqués dans la presse autorisée, celle-ci condamnant par la même occasion les menées du général de Gaulle. Au cours de son interrogatoire, le suspect évoque aussi les attentats de Nantes et de Bordeaux.  Deux officiers allemands y ont en effet été assassinés par des résistants les 20 et 21 octobre 1941. Ces attentats ont connu un écho d’autant plus grand que les représailles allemandes furent sévères : 48 otages fusillés, dont le jeune Guy Môquet.  

Document 4.8 : Lettre du préfet au Feldkommandant faisant état de l’arrestation de quatre communistes qui diffusaient des tracts sur la Route nationale 12 à hauteur de Saint-Rémy-sur-Avre, (canton de Brezolles). Exemplaires des tracts mentionnant le « Front national », alors nom d’un mouvement communiste, 20 août 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 85
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 47
Commentaire : Au sein des actions de Résistance, celle de l’information n’est pas la moins utile. Pour lutter contre le discours officiel de Vichy et des autorités allemandes, les mouvements résistants communiquent par des journaux clandestins ou diffusent des tracts. Ceux-ci peuvent être parachutés par avion, solution la moins risquée. D’autres fois,  comme ici, ils sont distribués par des militants qui circulent à vélo.
Dans ce cas, ces militants communistes viennent vraisemblablement de la région parisienne. Le mouvement est en effet peu ancré en Eure-et-Loir, territoire de tradition agricole plus qu’ouvrière. La date de ce document est particulièrement significative : respectant le pacte germano-soviétique de non-agression, les communistes français ne se sont pour la plupart pas engagés dans la Résistance avant le  22 juin 1941, date du début de l’attaque allemande sur la Russie, aussi appelée opération Barbarossa. S’appuyant à ce moment-là sur une organisation logistique solide, capable d’imprimer des tracts par milliers, ils viennent sensiblement grossir les rangs de la Résistance.
Ce courrier montre l’étroite collaboration entre la préfecture d’Eure-et-Loir et la Feldkommandantur. Court, le courrier met cependant en valeur l’action de la police française dans la traque des résistants et des opposants politiques. Il justifie l’action menée en ajoutant que « les personnes seraient, paraît-il, juives ».
La diffusion de tracts relève d’un choix : faire une opération « coup de poing » à raison de milliers de tracts, façon aussi de marquer le terrain du point de vue politique. Le message est donc lapidaire : « Front national pour l’indépendance française » désigne un groupe de résistants affilié au parti communiste comme la faucille et le marteau en ombre rouge le laissent entendre. « Morts aux assassins hitlériens » porte lui un discours encore plus direct contre l’occupant et toute forme de collaboration.



Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Chapitre 5 : Janvier 1942 – Mai 1944 : la guerre totale

Document 5.1 : Trois clichés :
Compagnie allemande sur la base aérienne de Chartres, sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 15 176 
Officiers allemands posant devant le château de Maintenon, sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 15 026 
Officiers allemands occupant un bâtiment privé à Tréon, (canton de Dreux-Sud), sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 15 215
Thème : L’occupation allemande
Place dans l’ouvrage : pp. 48-49
Commentaire : Ces trois photographies proviennent d’un album réalisé par un officier qui a pris un grand nombre de photos de sa campagne militaire en France. Il s’agit d’un reportage qui relève d’une initiative personnelle.
La première a été prise sur la base aérienne de Chartres. Elle montre une armée allemande disciplinée et organisée qui maîtrise le territoire ennemi, ici le pays chartrain symbolisé par sa cathédrale.
La deuxième présente cinq officiers allemands au bord des douves du château de Maintenon. Photographie au sujet plus léger où chacun prend une pose étudiée qui montre le vainqueur de 1940 sous des aspects bonhommes. Ces « touristes » d’un genre particulier n’en sont pas moins « en pays conquis ». 
La troisième, en apparence plus spontanée, présente des officiers et des soldats allemands devant un bâtiment. Tenues impeccables des officiers et des soldats et matériel militaire moderne témoignent d’une armée allemande sûre d’elle-même et des ses valeurs. Le bâtiment en arrière plan donne à voir la réalité de l’occupation : la réquisition et l’appropriation des habitations françaises, à commencer par les plus prestigieuses et les plus confortables. 
Trois clichés qui apportent une lumière nouvelle sur la guerre vue du côté allemand.

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Document 5.2 : Affiche de propagande relative à la journée des mères, 30 mai 1943, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 1562
Thème : Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : p. 51
Commentaire : Cette œuvre fait partie d’un ensemble d’affiches réalisées entre 1940 et 1944 par Phili pour le Commissariat général à la famille ou le Secrétariat d’État à la famille et à la santé comme « Donner la vie… engendrer la joie », « La famille, fruit du passé, germe de l’avenir », « Toi qui veux rebâtir la France, donne-lui d’abord des enfants »
Phili ou Phil sont les pseudonymes de Pierre Philippe Amédée Grach (1898-1987), illustrateur et graphiste. Avant la guerre, il travaille pour Le petit écho de la mode, périodique féminin, ou encore pour la Collection Stella, collection de romans populaires pour dames. Sous l’occupation, il devient le principal graphiste de la propagande familiale de Vichy. À la Libération, il dessine pour le compte du GPRF, Gouvernement provisoire de la République française.
La composition de l’œuvre est bien lisible, la porte marquant une verticale séparant l’affiche en deux parts égales. L’horizontale, à la perpendiculaire de la porte, délimite l’espace réservé au texte. Dans le tiers gauche, derrière la porte, trois enfants se cachent, des fleurs et des cadeaux à la main. Dans le tiers droit, une femme berce un nourrisson au-dessus d’un berceau.
Le graphisme est simple, tranchant nettement avec la modernité. La police de caractère est elle-même d’une grande sobriété.
L’affiche a pour but premier de rappeler « la journée des mères », instituée officiellement en 1941, et la date retenue. Il n’y a pas de slogan, mais le message est explicite : le bonheur est avant tout familial  une famille est nécessairement nombreuse  une femme se réalise dans la maternité, comme en témoigne le rayonnement qui émane de cette jeune mère et qui irradie tout ce qui l’entoure. Le lien avec la devise de l’État français, « Travail, Famille, Patrie » est évident. 
Cette représentation de la famille idéale est en profond décalage avec la réalité de l’occupation du territoire par les Allemands : ces enfants joufflus, bien nourris et bien habillés, ne connaissent visiblement pas le rationnement et la pénurie. Seule concession au monde réel, l’absence du père. Quel impact une telle propagande pouvait-elle avoir sur les Français et les Françaises ? Comment était-elle accueillie ?

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Document 5.3 : Note du préfet d’Eure-et-Loir demandant au Commandant de gendarmerie de procéder à l’arrestation de tous les Juifs se trouvant sur le marché de la ville de Chartres, 27 juin 1942, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 77.
Thème : La question juive
Place dans l’ouvrage : p. 54.  
Commentaire : Dès 1940, la population juive est exclue de la communauté française. Exclue de l’emploi et de la vie publique d’abord. Puis exclue physiquement. Ces mesures se durcissent considérablement au cours des années 1941 et 1942 selon une progression implacable : identification des individus, arrestation, internement en France, déportation, et, bien souvent, la mort.
Demandée par l’occupant, cette chasse est menée exclusivement par les forces de police françaises. L’Eure-et-Loir n’échappe pas à cette traque intensive : le préfet Pierre Le Baube relaie fidèlement les ordres de Vichy (cf. le cachet avec la francisque de l’État français à côté de la signature préfectorale).
Il convient de remarquer que les ordres sont donnés par un préfet et exécutés par les forces de l’ordre françaises, et non par l’occupant  qu’il n’est pas écrit que les gendarmes n’arrêteront que les Juifs étrangers, mais « tous les Juifs », quels que soient la nationalité, l’âge, le sexe et la fonction des personnes présentes sur le marché ce 27 juin 1942. Il convient de signaler aussi que cette rafle a été largement facilitée par le port de l’étoile, rendu obligatoire quelques semaines plus tôt. Enfin, il est attesté que dès le lendemain, 28 juin, un convoi de 25 Juifs quitte Chartres pour Auschwitz.

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Document 5.4 : Note du service des Renseignements généraux au préfet relative à la réaction de la population du canton de Brou à l’occasion d’arrestations de famille juives, 28 février 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 49.
Thème : La question juive
Place dans l’ouvrage : p. 55.  
Commentaire : Dans les années 1943 et 1944, les rafles de familles juives continuent. L’opposition d’une partie de l’opinion française (notamment de l’Église) au fait que les rafles soient menées par la police nationale a incité le régime de Vichy à laisser cette tâche aux Allemands. À la demande expresse de Pierre Laval, les enfants juifs sont déportés eux aussi, au prétexte de ne pas les séparer de leurs familles. Bien conscients que la politique antisémite vichyssoise n’est pas forcément du goût de l’opinion publique, les services de l’État assurent une surveillance des réactions populaires lors des opérations visant les familles juives. Cela révèle aussi les difficultés d’un régime soucieux de satisfaire les demandes allemandes et de conserver la confiance des Français. Le message porté par cette note est aussi implicitement adressé aux autorités d’occupation puisque ce sont leurs opérations qui sont présentées comme responsables du refus général de la politique de collaboration.

La réaction du corps social est elle aussi intéressante à étudier : ce n’est apparemment pas la rafle elle-même qui cause de l’émoi, mais le fait que les enfants soient séparés de leurs parents. C’est ce seul procédé qui est considéré comme étant indigne. Ce document, faisant alors état de la sensibilité de la population du canton de Brou, peut aujourd’hui au contraire être regardé comme le gage d’une acceptation tacite du principe d’arrestation et de déportation des Juifs.

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Document 5.5 : Note du commissaire des Renseignements généraux au préfet, relative à un incident produit en gare de Chartres lors d’un départ de travailleurs à destination de l’Allemagne, 21 juin 1943, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 57
Thème : Le Service du Travail Obligatoire
Place dans l’ouvrage : p. 57
Commentaire : Le conflit mondial s’étirant en longueur et touchant un territoire de plus en plus étendu, le Reich s’est vu contraint d’envoyer la plus grande partie de ses ouvriers au front. Afin de remplacer ces hommes, le régime nazi a fait appel à la main d’œuvre des pays soumis, et la France en a fourni une très grande part. Ces réquisitions étaient de deux natures : la première, appelée « Organisation Todt » consistait à envoyer des hommes sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord pour construire des fortifications appelées à prévenir un débarquement allié. La seconde, organisée par  Vichy à la demande d’Hitler, a pris le nom de Service du Travail Obligatoire (STO). Il s’agissait d’envoyer des travailleurs français dans les usines allemandes pour faire tourner l’économie de guerre. Les appels pour le STO étaient conçus sur le mode du recrutement militaire, c’est-à-dire en termes de « classe ». Les jeunes hommes nés en 1920 ont donc d’abord été appelés. Puis ceux nés en 1921, etc.
Ce document témoigne d’un fait intéressant : la rencontre imprévue, en gare de Chartres, d’un train de travailleurs de l’Organisation Todt et d’un train de voyageurs embarquant une centaine de jeunes gens envoyés en Allemagne au titre du STO. Le comportement des deux communautés d’hommes est rapporté par un agent des Renseignements généraux dont on ne sait s’il était posté en surveillance à la gare (lieu privilégié d’actions résistantes ou de mouvements contestataires) ou s’il était présent à ce moment-là par hasard. Car l’attitude des deux groupes est riche d’informations sur le climat politique du moment. D’abord, le train des hommes requis pour l’Organisation Todt est porteur de nombreuses inscriptions hostiles au gouvernement, et à Pierre Laval en particulier (le maréchal, semble lui épargné par ces critiques). Ces hommes haranguent même les jeunes hommes envoyés au STO « Ne vous en faîtes pas les gars, on les aura ».
Les jeunes hommes, eux, sont beaucoup moins véhéments. Il faut noter que 110 sont présents sur 117 appelés. C’est dire que ces jeunes ont très largement obéi aux injonctions qui leurs étaient adressées, alors même que le nombre général de réfractaires est assez important (autour de 20% en France). Aussi, peut-être ne se sentaient-ils pas autorisés à manifester leur opposition au régime. Toujours est-il que la scène offre un instantané précieux de l’ambiance générale en cette année 1943.

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Document 5.6 : Tract manuscrit de l’Union des femmes de France, apposé sur la façade de la Feldgendarmerie de Dreux, rue Saint-Martin, le 16 mars 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 16
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : pp. 58-59
Commentaire : Cette affiche de mars 1944 a été placardée sur la façade de la Feldgendarmerie de Dreux avant d’être saisie, comme les déchirures l’attestent.
Il est intéressant d’insister sur le caractère artisanal de la propagande de Résistance. Les moyens sont limités et la réussite dépend beaucoup de l’implication des résistants. Il semble que l’affiche ait été faite en deux temps : formes et contours ont d’abord été faits au pointillé. Les feuilles ont peut-être alors été imprimées dans un atelier clandestin avant d’être coloriées à la main. Le tout fait non sans qualité créatrice. Les affiches ont ensuite été placardées par des membres d’un réseau de résistance féminin, l’Union des femmes de France.
Le thème principal est celui du refus des réquisitions allemandes comme en attestent le slogan et l’illustration du premier plan. L’Allemand y est moqué : on lui donne un coup de pied aux fesses, image symbolique de la Résistance. Les conséquences en seront une table mieux garnie pour les Français. Pour autant, est-ce un appel à pratiquer le marché noir ? On peut aussi s’interroger sur la date tardive, 1944, pour protester contre le pillage de la France par l’occupant. Est-ce la dégradation de la situation matérielle des familles ou l’attente espérée d’un débarquement allié qui suscite cette prise de risque de la part de ce réseau ?
Cette affiche témoigne de son temps : elle présente une France rurale, paisible, mais débrouillarde et rebelle. Elle donne aussi une image ambivalente de la femme : d’une part, au cœur des réseaux de résistance, au premier plan pour refuser l’occupation et jouant un rôle fondamental, d’autre part à la maison dévouée au service de son mari.

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Document 5.7 : Rapport du commissaire de police de Nogent-le-Rotrou au préfet relatif à l’activité de jeunes communistes dans le secteur d’Authon-du-Perche, 19 décembre 1943, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 40
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 60
Commentaire : Ce rapport du commissaire de police de Nogent-le-Rotrou au préfet d’Eure-et-Loir du 19 décembre 1943 montre clairement les risques qu’il y avait à résister.
Vu sous l’angle de la Résistance, il permet d’appréhender la façon dont on procédait pour approcher de nouvelles personnes dont on espérait qu’elles partageaient vos idées et vos engagements. Les deux pôles de la Résistance, information et action armée, se conjuguent afin de convaincre les Français de lutter contre les Allemands. Pour sa propagande, ce mouvement clandestin communiste convoque une gloire nationale et régionale, Marceau, pour le nom de son journal. Faire de nouvelles recrues et élargir l’opposition à l’occupant sont les autres axes de ce groupe. Les filles, autant que les garçons, ont leur place dans cette lutte. Se pose inévitablement la question de savoir quel lien ce groupe naissant entretient avec les réseaux de résistance, comment il est financé et approvisionné en matériel de propagandes et en armes.
Vu sous l’angle de la collaboration et de la lutte contre la Résistance organisée par Vichy, ce rapport dévoile les modes de surveillance policière. Les indicateurs cherchaient à infiltrer les réseaux et à recueillir un maximum d’informations : noms et adresses des résistants, organisation, caches d’armes, organes d’informations et de propagande, activités du réseau… On notera que le commissaire se garde bien de nommer son informateur.
Enfin, ce rapport montre à quel point les Français sont divisés quant à leurs opinions politiques et à leurs engagements. Ici, deux anciens camarades de classe empruntent des chemins opposés qui prennent un tour tragique. Le premier condamne son groupe de Résistance en faisant confiance à un de ses anciens camarades qui se révèle être un indicateur au service de Vichy. Celui-ci promet ainsi un groupe entier à un avenir funeste : arrestation ? Déportation ? Exécution ? Des destins croisés au cœur d’une impitoyable logique de guerre.

Document 5.8 : Photographie de l’entrée du camp d’internement de Voves, sans date, Arch. dép. Eure-et-Loir, 106 W 2
Thème : Résistance et répression
Place dans l’ouvrage : p. 63
Commentaire : Cette photographie, sans indication de date, présente l’aspect qu’avait ce camp d’internement tel qu’on pouvait le voir depuis la route de Voves à Fains-la-Folie.
 Dès juin 1940, après la débâcle, des prisonniers de guerre français sont internés par les Allemands dans ce camp situé à la sortie de la commune de Voves et dont il reste encore aujourd’hui quelques éléments. Certains y restent jusqu’à la fin décembre 1940 puis sont conduits en Allemagne. Inutilisé quelques mois, le site est aménagé à la fin de l’année 1941 pour en faire un camp de prisonniers politiques. Les premiers internés arrivent le 5 janvier 1942, accueillis par le préfet en personne. Il s’agit d’abord de prisonniers politiques français ou d’ «indésirables » étrangers venant des camps de Châteaubriant (Loire-Atlantique) et d’Aincourt (Val d’Oise), récemment fermés.
Partie prenante d’un réseau de camps français, Voves reçoit des hommes arrêtés en Eure-et-Loir mais aussi dans d’autres départements. On compte des Juifs, des résistants, et un grand nombre de communistes. Victimes d’une véritable chasse par le régime de Vichy, ceux-ci sont soumis à un traitement plus dur encore que les autres détenus.
Plus de 2 000 hommes y séjournent, plus ou moins longtemps. Les libérations sont soumises à une obligation de signer un document nominatif indiquant clairement le « ralliement au nouvel ordre social ». Mais rares sont ceux qui acceptent, marquant là encore l’impuissance de Vichy à convaincre les esprits réticents. La déportation est pourtant une menace constante. Elle devient effective pour plus de 600 de ces internés qui transitent souvent par le camp de Compiègne (Oise), réservé aux ennemis actifs du Reich. Seul un quart de ces hommes reviendra des camps de la mort.
Mais si l’objectif d’isolement et de déportation des opposants est atteint, la présence du camp nuit à la réputation du régime en révélant par là son caractère autoritaire.
Ce sont ces derniers aspects qu’il est possible d’étudier grâce à cette photographie. On insistera tout particulièrement sur trois d’entre-eux :
C’est un camp d’internement, c’est-à-dire d’isolement de populations jugées indésirables : on remarquera la clôture entourant le camp, le mirador le surplombant, la guérite occupée par un gendarme, et même le panneau indiquant pudiquement qu’il s’agit d’un « centre de séjour surveillé ».
C’est un camp français tenu par des Français. Les indications sont en français et le personnel de garde est français (cf. le gendarme avec son képi).
C’est un camp sous autorité de Vichy : dès l’entrée, la francisque et la devise de l’État français « Travail, Famille, Patrie » le rappellent à tout visiteur.
Pour conclure, il est possible de s’interroger sur l’aspect extérieur du camp que nous livre cette photographie bien cadrée. Pas de barrière à l’entrée, un seul gendarme en faction, une allée bien tenue et grande ouverte menant aux bureaux proprets de la direction d’un « centre de séjour surveillé ». On est loin de l’image de la prison, encore plus d’un camp de prisonniers ou de concentration. Faut-il y voir une volonté de masquer la réalité de l’épuration politique et raciale que menait l’État français ?

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Document 5.9 : Lettre reçue par Jean Héritier faisant état de sa pensée antisémite, 30 novembre 1943, 51 J NC 1
Thème : La collaboration
Place dans l’ouvrage : p. 66
Commentaire :
Professeur au collège Rémy Belleau de Nogent-le-Rotrou, Jean Hériter fait partie de l’élite intellectuelle de l’extrême droite française. En plus de son activité d’enseignement, il a participé à de nombreuses publications servant une idéologie raciste et, localement, à œuvré pour l’arrestation de résistants dans cette zone particulièrement active du Perche. Connu pour toutes ces activités, il a fort opportunément quitté la France début août 1944, protégé par les autorités allemandes en retraite, lui évitant un sort autrement moins enviable. L’ensemble de ses papiers ont alors été saisis à son domicile par le tribunal d’Instance de Nogent-le-Rotrou.
Au sein de ces documents, se trouve cette pièce de correspondance échangée avec Louis Prax, directeur de l’hebdomadaire Au Pilori, du 30 novembre 1943. M. Prax lui propose de collaborer à la rédaction de son journal.
La correspondance entre les deux hommes offre l’occasion d’étudier ce qu’est la pensée antisémite, exposée ici sans fard puisque partagée unanimement par les deux intellectuels. Une pensée intrinsèquement raciste donc, et conspirationniste comme le laisse entendre le terme de « juiverie ». Mais aussi une pensée marquée par le mépris des Français communs, qualifiés de « masse des ignorants qui nous entourent ». Ce document offre ainsi un aperçu glaçant de ce qu’était alors l’environnement de pensée d’une petite partie de la population française. D’ailleurs il ne s’agit pas tant d’une pensée organiquement attaché au régime de Vichy que d’un discours propre à une classe intellectuelle et sociale qui a perduré depuis le début de la IIIème République et qui, derrière Charles Maurras, partisan d’un antisémitisme d’État, trouve un voisinage heureux avec le régime de Vichy.

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Document 5.10 : Coupure de presse extraite de la Dépêche d’Eure-et-Loir, rapportant une circulaire du préfet Le Baube en date du 12 janvier 1942, Arch. dép. Eure-et-Loir, 15 W 9
Thème : La collaboration /  Le régime de Vichy
Place dans l’ouvrage : p. 67
Commentaire : Le préfet Le Baube est un ardent serviteur de l’État français. Il reste en poste de 1941 jusqu’au début de l’année 1944. Après la Libération, il est arrêté puis jugé et condamné, avant d’être gracié.
Avant de s’interroger sur le contenu de la circulaire préfectorale, il convient de dire que ce n’est pas l’usage ordinaire que de la diffuser par voie de presse. Il s’agit peut-être d’une « fuite » ou la Dépêche d’Eure-et-Loir agit-elle plus probablement sur ordre afin de donner à cette circulaire relative aux dénonciations une large publicité.
En effet, l’administration se heurte à un problème certain en la matière. Elle a encouragé les dénonciations, sollicitant ainsi la conscience patriotique des citoyens désireux de soutenir l’action du régime. Mais si les dénonciations ont été nombreuses, elles n’ont pas pris la forme espérée. Plutôt que de dénoncer des opposants politiques, des saboteurs ou des comploteurs en assumant leur geste (c’est-à-dire en signant), les citoyens ont bien plus souvent usé de ce procédé pour régler des contentieux strictement personnels : conflits d’usage d’un terrain, rancœurs particulières ou tout motif n’ayant rien à voir avec la raison d’État. Or ce comportement insupporte le préfet, pétainiste convaincu, qui constate que ses administrés préfèrent l’opportunisme à un patriotisme affirmé. En diffusant cette circulaire, le préfet démontre son attachement aux valeurs morales du régime de Vichy autant qu’il dresse le constat d’échec de la propagande à ce sujet.



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Chapitre 6 : La Libération : l’euphorie passagère

Chapitre 6 : La Libération : l’euphorie passagère

Document 6.1 : Deux clichés :
La Porte Guillaume en ruine, dynamitée par les Allemands au cours de leur retraite dans la nuit du 15 au 16 août 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 5 NUM 18 016
La ville de Chartres sous les décombres, 1944, 5 NUM 18 014
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : p. 70
Commentaire :
Avant d’être un grand moment de réjouissance publique, la Libération est l’heure d’ultimes mais non moins violents combats. Ces deux photographies sont l’occasion d’aborder la libération sous cet angle. La première présente la Porte Guillaume après que les Allemands l’aient faite sauter. La deuxième montre la rue Delattre de Tassigny, entre la place Marceau et la place de l’hôtel de ville de Chartres atteinte par des bombes.
Il s’agit de bien distinguer destructions alliées et destructions allemandes, même si les ruines sont des ruines et que le bilan à la fin de la guerre n’en fait pas le compte. Les bombardements alliés ont une fin préventive : il s’agit de détruire les infrastructures de transport pour gêner la machine de guerre allemande dans son organisation du territoire, dans le pillage de ses ressources aussi. Les destructions allemandes sont plus tardives : elles ne datent que du recul des troupes devant les libérateurs. Elles ont elles aussi une fonction militaire (freiner l’avancée des Alliés) mais parfois aussi de représailles symboliques (détruire la Porte Guillaume) voire, par ailleurs, simplement et froidement meurtrières (massacre d’Oradour-sur-Glane notamment). D’autres fois, ce sont les conflits urbains entre les groupes de combattants (résistants soutenus par les soldats américains contre les dernières troupes allemandes) qui ont fait des dégâts matériels parfois importants.
Les effets de ces destructions soulèvent plusieurs questions : d’abord celles de l’atteinte au patrimoine immobilier, économique et culturel et du coût de la reconstruction bien sûr, mais aussi celle du moral des populations et de l’accueil fait à ces alliés qui sont responsables de grands dégâts matériels, et souvent même de bombardements mortels.

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Document 6.2 : Un soldat américain et des FFI entourent des soldats allemands faits prisonniers, 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 20 Fi 153
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : p. 72
Commentaire : Photographie montrant trois soldats allemands faits prisonniers. Aucune indication de lieu ni de date. Il est vraisemblable qu’elle ait été prise entre le 18 et le 20 août 1944, le 19 marquant la fin des combats et la libération de Chartres. D’après l’historien local Roger Joly, il s’agirait de soldats allemands embusqués dans la cathédrale (La libération de Chartres, Paris, 1994, p. 14). Pour ridiculiser l’officier allemand, il a été coiffé d’un casque trop petit. Sa casquette apparaît sur la gauche de la photographie, tenue par un témoin dont seuls les doigts entrent dans le champ de la prise de vue. À droite des soldats prisonniers, un maquisard français pose la main sur l’épaule d’un soldat américain. Cette mise en scène constitue un tableau qui résume sans doute assez bien la volonté de certains résistants en cette fin de guerre, après des semaines, voire des mois d’âpres conflits et de vie clandestine : une façon de marquer enfin la domination sur les soldats allemands, de se venger de quatre années d’occupation, de manifester sa joie à la Libération, de s’afficher du côté des résistants et des vainqueurs en rappelant sa part de responsabilité dans la victoire.

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Document 6.3 : Le général de Gaulle à Chartres le 23 août 1944, Arch. dép. Eure-et-Loir, 20 Fi 157
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : p. 73
Commentaire : Cette photographie a été prise le 23 août 1944. Chartres, libérée depuis le 19 août, accueille le chef de la France libre. Sur le perron de la Poste, devenue depuis médiathèque de la ville de Chartres, le général de Gaulle s’adresse à une foule nombreuse. Il est entouré de militaires américains et des forces locales de la Résistance. On reconnaît ainsi Duroc, en fait le capitaine Herbelin, chef du maquis de Plainville, trois galons sur son béret et un brassard marqué de la croix de Lorraine.
Cette photographie, une parmi d’autres relatant le passage de de Gaulle à Chartres, véhicule un message fort et sans ambiguïté : un chef, de Gaulle, en position haute, s’adressant à tous  des forces combattantes, toutes réunies derrière lui : résistants et maquisards, militaires français et américains  des enfants, l’avenir de la France, présents pour l’entendre  des drapeaux tricolores au dessus et en dessous de la tribune, à nouveau libres de flotter au vent.
Bref, de Gaulle est présenté comme le chef incontesté de cette France débarrassée de l’occupant allemand. Le général, par et autour de sa personne, refonde l’unité et la cohésion nationales.

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Document 6.4 : Quatre clichés : À Courtalain, un pantin d’Hitler est présenté dans le bourg puis brûlé, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 J 1173
Thème : La Libération
Place dans l’ouvrage : pp. 74-75
Commentaire : Ces quatre photographies sont à étudier successivement comme un reportage photographique d’un même évènement. La première présente un groupe d’hommes posant en compagnie d’une effigie d’Adolph Hitler devant un panneau donnant la clef de lecture de la scène. La deuxième photographie est prise devant les grilles du château où le pantin d’Hitler a été mené. Des enfants en costume de fête lancent des acclamations. Les deux dernières photographies montrent la place principale de Courtalain où la foule s’est rassemblée autour du pantin. Après avoir entendu des discours, l’effigie est brûlée tandis que les enfants et de jeunes adultes font la ronde. Les plus âgés, derrière, observent.
Ces images donnent à voir un moment festif de la Libération et de la fin de la guerre. Elles soulèvent peut-être plus de questions qu’elles n’apportent de réponses sur cette période trouble. Qui sont ces hommes (et uniquement des hommes) qui posent autour du dictateur nazi : simples citoyens ayant subi la guerre, résistants ? Leur lecture de la guerre prend une dimension morale comme semble l’indiquer l’inscription sur le panneau. Ce simulacre a plusieurs vertus : violence symbolique permettant d’évacuer toute autre forme de violence, choix d’une victime expiatoire symbolique et fédératrice plutôt que physique et discutable (on pense aux femmes tondues ailleurs), rédemption d’une population peu active pendant la guerre, unification et purification d’une population divisée entre pétainistes et gaullistes mais antihitlérienne … ?

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Chapitre 7 : L’après-guerre : reconstruire sur les cendres

Chapitre 7 : L’après-guerre : reconstruire sur les cendres

 Document 7.1 : Faux tickets de rationnement saisis par les services de la préfecture, 1949, Arch. dép. Eure-et-Loir, 75 W 593
Thème : Le ravitaillement
Place dans l’ouvrage : p. 76
Commentaire : Ces deux liasses de tickets de rationnement ont un double intérêt : elles montrent qu’en 1949, 4 ans après la fin de la guerre, il faut encore rationner l’alimentation et les produits de première nécessité des Français car la pénurie existe encore. La reconstruction se fait lentement.
Le second intérêt est le fait qu’il s’agit de faux. Les habitudes de débrouille et de contrefaçons contractées pendant la guerre n’ont pas disparues. Certains Français cherchent encore à tirer avantage de la situation à leur profit.

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Document 7.2 : Procès-verbal de gendarmerie, brigade de la Loupe, arrestation d’une personne ayant dénoncé un habitant pour une querelle de voisinage, celui-ci ayant été envoyé au camp de Buchenwald, 14 mai 1945, Arch. dép. Eure-et-Loir, 20 W 160
Thème : L’après-guerre
Place dans l’ouvrage : p. 79
Commentaire :

Pendant la guerre, les dénonciations calomnieuses sont nombreuses. On profite de la justice expéditive pour régler un conflit quelconque. La détention d’armes étant interdite (voir document 4.1), il suffit de dénoncer un voisin sur ce motif pour qu’il soit arrêté. C’est ce ressort qui a été utilisé par la personne mise en cause dans ce procès-verbal de gendarmerie. Ce document, en plus de faire clairement état de ces pratiques courantes durant les années de guerre, illustre la réalité de la période suivante : celle d’un retour à l’ordre républicain, qui, dans une certaine mesure en tous cas, restaure un ordre juste là où régnait une justice sommaire. On remarquera d’ailleurs que la circulaire préfectorale du 12 janvier 1942 interdisant les dénonciations anonymes n’a pas été respectée (voir document 5.10).
Ce document rapporte donc un itinéraire individuel saisissant (vie sans heurts en Eure-et-Loir, dénonciation à tort, arrestation en mai 1942, déportation à Buchenwald, retour en avril 1945) mais il est aussi un extraordinaire condensé des mutations connues en France au cours de ces années de guerre.

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    2. Une sélection de films amateurs d’époque tournés en Eure-et-Loir

Centre Images, établissement public de la région Centre, s’est donné pour mission d’assurer la conservation et la diffusion des œuvres audiovisuelles (publiques comme privées, professionnelles et amateurs, récentes ou anciennes) www.centreimages.fr

Au sein du très riche catalogue réuni par Centre Images, nous avons dégagé ici une sélection de films, tous amateurs, qui concernent la seconde guerre mondiale dans le département. Ces films constituent un matériau pédagogique privilégié. Ils pourraient être le support d’échanges avec les élèves, voire l’occasion de rencontres et de débats entre les élèves et des témoins de la période. Contacter les Archives départementales pour toute demande de mise en relation à ce sujet.


    Accéder aux films
http://memoire.ciclic.fr/3317-comice-agricole-a-brou (Comice agricole à Brou en 1939, en présence de Jean Moulin)

http://memoire.ciclic.fr/2292-liberation-de-voves (Libération de Voves, passage des troupes américaines, défilé des résistants, deux prisonniers allemands conduits sur une Jeep.)

http://memoire.ciclic.fr/2215-vie-quotidienne-a-maillebois (Passage d’un char américain et enfants accourant vers les soldats)   10 secondes de film en tout, au début.

http://memoire.ciclic.fr/2943-liberation-dauneau et http://memoire.ciclic.fr/136-liberation-d-auneau
(Libération d’Auneau : arrivée et stationnement des Américains qui posent, rencontrent la foule, acceptent de partager un verre, voire une bouteille de champagne, bue au goulot).

http://memoire.ciclic.fr/3017-batiments-detruits-apres-bombardements (Long aperçu des destructions dues aux bombardements survenus sur la commune de Voves en 1943).

http://memoire.ciclic.fr/968-a-la-ferme (Vue de la vie d’une ferme en Eure-et-Loir en 1943, enfants jouant)

http://memoire.ciclic.fr/3783-vacances-a-ermenonville-la-grande (Bailleau-le-Pin en 1943)


Plusieurs films amateurs ont été réalisés pendant la guerre à Illiers-Combray montrant les effets des bombardements sur la ville. Pour des raisons techniques, ces films ne sont pas encore accessibles en lignes. Ils sont à disposition sur demande auprès des Archives départementales.