Le
contexte
Le 3 juin 1940, la ville de Chartres est bombardée pour
la première fois par l'aviation allemande, et la population
civile commence à fuir vers le sud, dans l'espoir d'échapper
à la guerre.
A partir du 9 juin, à Dreux d'abord, puis à Chartres
et dans le reste du département, les bombardements font
de nombreuses victimes. Ce sont désormais les services
publics essentiels, la gendarmerie, les pompiers et, le 14 juin,
la municipalité de Chartres et le personnel de la préfecture
qui reçoivent un ordre d'évacuation ou décident
de leur propre initiative de quitter la ville.
L'exode touche, dans les mêmes conditions, la majorité
des villes et villages du département.
Le 15 juin au matin, Jean Moulin constate qu'il est presque seul,
dans une ville vidée de ses habitants, pour accueillir
les dizaines de milliers de réfugiés qui la traversent.
Le 17 juin, à sept heures du matin, les premiers soldats
allemands entrent dans Chartres. L'arrestation de Jean Moulin,
le soir du même jour, et son refus obstiné de signer
un document accusant les soldats africains de l'armée française
du meurtre de civils sont connus.
Dans les jours qui suivent, les habitants du département,
rattrapés sur les routes de l'exode par l'armée
allemande, prennent le chemin du retour, pour découvrir
parfois leur maison endommagée ou détruite par un
bombardement, ou encore pillée pendant leur absence. Mais
si certains réfugiés ont pu rentrer chez eux dès
le 19 juin, le retour à la normale ne se fait que progressivement.
Ainsi à Poisvilliers, village proche de Chartres, un témoignage
nous permet de savoir que l'électricité est rétablie
le 30 juin, et le courrier à nouveau distribué à
partir du 6 juillet.
A Chartres même, l'électricité est rétablie
le 19 juin, après cinq jours d'interruption, et le premier
marché, garantie d'un ravitaillement normal de la population,
a lieu le 29 juin, tandis que l'eau de la ville ne redevient potable
que le 24 juillet.
Contenu
du document
C'est dans ce contexte que le préfet Jean Moulin décide
le 2 juillet d'adresser une lettre circulaire aux maires du département,
afin de leur rappeler leurs obligations et les mesures d'urgence
qu'il convient de prendre pour rétablir les services essentiels
à la population. Il juge utile de leur rappeler aussi,
dans les dernières lignes, que, malgré l'occupation
allemande, les " lois et règlements français
continuent à s'appliquer ".
L'exemplaire conservé par les Archives départementales
d'Eure-et-Loir est une première version de la circulaire,
dactylographiée puis corrigée en plusieurs endroits
de la main même de Jean Moulin.
Celui-ci a en outre ajouté en haut de la première
page, à l'intention des services de la préfecture,
une annotation significative des difficultés de l'heure
:
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450 exemplaires
A expédier dès que le
service postal fonctionnera
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D'autres textes de Jean Moulin, parfois autographes, souvent émouvants,
sont conservés et ont déjà été,
pour beaucoup d'entre eux, exposés ou publiés.
Le texte présenté ici, partiellement inédit,
illustre particulièrement les responsabilités d'un
préfet dans les premiers jours de juillet 1940 et les difficultés
rencontrées alors par la population civile dans sa vie quotidienne.