Les pertes humaines
Les bombardements massifs entraînent la destruction
de nombreux immeubles et maisons particulières et
la mort de nombreux civils euréliens. Les sources
ne permettent pas de connaître le détail des
bombardements antérieurs au 1er novembre 1943, à
l'exception des deux raids sur Chartres des 1er et 15 septembre
1943 tuant quatre personnes et en blessant dix autres. Du
1er novembre 1943 au 31 mars 1944, les bombardements recensés
par les services de la défense passive entraînent
la mort de sept personnes et vingt et une autres sont blessées.
À partir du mois d'avril 1944, le volume des bombardements
s'accroît considérablement, pour se maintenir
à un niveau élevé jusqu'au mois d'août.
Le paroxysme des bombardements est atteint après
le débarquement, au mois de juin. Le département
d'Eure-et-Loir essuie près de 450 attaques aériennes
au cours de l'année 1944.
| Conséquences humaines des
raids aériens en Eure-et-Loir du mois d'avril
au mois d'août 1944 : |
|
Dates
|
Tués
|
Blessés
|
Bombardements
|
Mitraillages
|
|
Avril 1944
|
*40
|
41
|
8
|
4
|
|
Mai 1944
|
**56
|
48
|
18
|
9
|
|
Juin 1944
|
192
|
396
|
***145
|
37
|
|
Juillet 1944
|
86
|
125
|
70
|
12
|
|
Août 1944
|
72
|
148
|
42
|
-
|
|
|
|
TOTAL
|
446
|
758
|
283
|
62
|
(*) Non comptés 6 disparus. (**) Il est fait mention
de disparus, sans indication numérique. (***) Dont
six de nuit.
Jean-Jacques François et Colette François-Dive
(voir rubrique
Pour approfondir)
font un parallèle au niveau des pertes humaines entre
les séries de bombardements allemands au début
du conflit (du 12 mai au 16 juin 1940) et celles des Alliés
en 1943 et 1944. Les bombardements allemands auraient fait
513 victimes et les bombardements alliés 518. Bien
que l'Eure-et-Loir ne paye pas un tribut humain aussi conséquent
que les départements de Normandie, les bombes meurtrières
de l'aviation alliée affecteront les consciences
pour longtemps.
Conséquences matérielles et dommages de
guerre
Au cours du seul mois de juin 1944, on compte dans le département
349 immeubles détruits, 163 déclarés
inhabitables et 2 067 endommagés. Entre septembre
1943 et septembre 1944, plus du dixième des immeubles
sont totalement détruits dans la ville de Chartres.
L'étendue de ces dégâts implique que
soit rapidement résolue la question des dommages
de guerre et de leur indemnisation. À la fin de l'année
1944, le tout récent Ministère de la Reconstruction
est chargé de cette mission. Les modalités
de remboursement s'opèrent d'après la loi
du 29 octobre 1946, selon un classement des bénéficiaires
par catégories et en fonction des types d'affaires
: mobilières, immobilières ; et des différentes
classes de bâtiments : d'habitation, agricoles, industriels
et commerciaux, de services publics.
Le déblaiement
Les déflagrations détruisent de nombreuses
maisons de construction ancienne en bois et torchis dont
l'enchevêtrement des poutres a parfois sauvé
la vie des habitants. Les immeubles en ruines constituent
cependant pour la population de réels dangers que
l'on pourrait qualifier, sans mauvais jeu de mots, de bombes
à retardement. À Chartres, le 16 juillet 1944,
une maison s'est effondrée un quart d'heure après
la chute des bombes. À Chérisy, le 18 juillet
à 18 heures 30, le viaduc est atteint de plein fouet
par une bombe, la pile médiane ne s'effondre cependant
qu'au cours de la nuit du 19 à 2 heures 30 entraînant
la chute de deux voûtes adjacentes. Il est donc impératif
de chasser les curieux des zones sinistrées, ce dont
se chargent des équipes d'auxiliaires du service
d'ordre. Le déblaiement est ensuite assuré
par des équipes de la défense passive, départementales
ou locales.
Le problème du manque de main-d'uvre persiste
pour les plus petites communes, d'où l'intérêt
de constituer des équipes départementales
et surtout des équipes villageoises. Pour que le
travail soit plus efficace et pour que les secours s'opèrent
dans les meilleures conditions, les chantiers sont ainsi
organisés : un chef de chantier, une équipe
de déblaiement, une équipe de transport, une
nomenclature du matériel nécessaire, un poste
de commandement.