Le prieuré Saint-Martin de Chamars, situé
sur la rive droite du Loir, face à la ville de Châteaudun
(aujourd'hui quartier Saint-Jean), dépend de l'abbaye de
Marmoutier, près de Tours. Il a été fondé
par Eudes, comte de Blois et de Chartres, mort en 995.
Autour du prieuré de Chamars, dont le nom semble être
une déformation de " Champ de Mars ", s'est rapidement
constitué un bourg, sur lequel les moines de l'abbaye de
Marmoutier et le vicomte de Châteaudun élèvent
des prétentions contradictoires.
L'objet de la convention est d'affranchir les habitants de ce bourg
d'une partie des " coutumes ", c'est-à-dire des
redevances, en nature ou en numéraire, perçues par
le vicomte de Châteaudun, qui renonce à percevoir toutes
coutumes autres que celles énoncées dans la convention.
Celle-ci est conclue entre Albert, abbé de Marmoutier, et
Geoffroy II, vicomte de Châteaudun, en présence d'Eudes
II, comte de Blois et de Chartres, et fils du fondateur du prieuré.
Le document n'est pas daté, mais la date de l'élection
d'Albert, en 1032, et celle de la mort du comte Eudes II, en 1037,
sont connues et permettent de définir de façon assez
précise l'époque à laquelle il a été
rédigé.
La principale originalité du texte est de nous révéler,
à travers une coutume inattendue, le droit pour le vicomte
de réquisitionner pendant trois jours un chaudron pour faire
la cuisine ou prendre son bain, l'existence à Chamars d'une
communauté de teinturiers.
Les autres coutumes citées sont le " tonlieu ",
taxe sur la circulation des marchandises et les transactions commerciales,
le cens perçu par le vicomte sur les chaudrons des teinturiers
le jour de la Saint-Martin et le droit pour les hommes du vicomte
d'acheter à crédit du pain ou de la viande auprès
des habitants du bourg de Chamars.
Un certain nombre de garanties juridiques sont en outre échangées
entre le vicomte et les moines, notamment en ce qui concerne la
revendication des serfs fugitifs et le paiement des dettes.
La mort du vicomte Geoffroy II, dès 1038, conduit les moines
à demander à son fils et successeur, le vicomte Hugues
III, de confirmer la convention conclue par son père.
C'est sans doute à l'occasion de cette confirmation que les
deux moitiés du chirographe furent et restèrent définitivement
réunies, ce qui est un fait assez inhabituel.