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Edouard Emile LOUIS (1889-1917)

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Né à Maintenon le 20 février 1889, Edouard Emile LOUIS est le fils de Berthe Lavigne, journalière, domiciliée à Pierres. Sa mère épouse le 14 juin 1890 Désiré LOUIS, journalier. Emile est recensé en 1901 et 1906 au hameau de Saun ;  sa famille compte 6 enfants. Il aurait été en réalité élevé par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 14 ans, puis « livré à lui-même ».

A l’âge de 20 ans il exerce la profession de garçon de restaurant. Il se présente devant le bureau de recrutement militaire de Dreux où il est enregistré sous le numéro matricule 505. Il est incorporé au 13e régiment de cuirassiers. Manquant à l’appel le 14 juin 1911, il est déclaré déserteur. Il se présente au poste de police du 2e régiment de cuirassiers à Paris au mois de juillet. Il est alors condamné à 1 an de prison avec sursis, pour désertion en temps de paix. Il rejoint le 13e régiment de cuirassiers. Il est à nouveau condamné à 1 an de prison avec sursis, cette fois pour complicité de vol militaire. Il obtient une remise de peine de 6 mois. En mars 1913 il incorpore le 5e,le 1er puis le 4e bataillon d’Afrique en campagne au Maroc. Le certificat de bonne conduite lui est refusé. Il passe dans la réserve en mai 1914 et est maintenu sous les drapeaux jusqu’au mois de juin.

A la mobilisation, alors qu’il réside à Mamers dans la Sarthe,  il est rappelé et affecté à la 3e compagnie du Groupe Spécial.  Il est blessé par balle à Roclincourt (Pas-de-Calais) et soigné à Angers. Il passe au 115e régiment d’infanterie le 10 avril 1915 et est promu caporal le 23. Au mois de mai il passe au 8e régiment d’infanterie.

Au mois de juin, dans l’Aisne,  le 8e régiment reprend aux Allemands des tranchées de première ligne, dans le secteur du Bois de la Mine et du Bois Franco-Allemand[i]. La bonne conduite d’Emile Louis lui vaut une citation à l’ordre de la brigade (12 juin). Décoré de la Croix de guerre, il est promu sergent.

Au mois de septembre suivant le 8e régiment est cantonné à Guyancourt (Yvelines). Emile Louis demande un laissez-passer ; il souhaite préparer un mariage par procuration.  Le laissez-passer lui est accordé.

Le 9 octobre, à Ville-d’Avray, il épouse Marie Taulet, couturière de 16 ans. Il est mentionné sur l’acte de mariage qu’Emile Louis est sergent au 115e régiment d’infanterie, décoré de la Croix de guerre et de la médaille coloniale[ii]. Il est domicilié chez ses beaux-parents. Le procureur de la République de Versailles a accordé une dispense de publication et de délai.

Emile Louis ne regagne pas son régiment mais il se rend à Mamers et se présente volontairement au dépôt du 115e régiment. Poursuivi pour désertion et abandon de poste, il est condamné à 60 jours de prison ; une ordonnance de non-lieu lui permet de rejoindre le 8e régiment le 8 décembre. Il est cassé du grade de sergent et, soldat de 2e classe, il est affecté à la 10e compagnie.

Le 8e régiment tient toujours ses positions au Bois-des-Buttes, au Bois Franco-allemand et au Bois de la Mine.  La compagnie dont fait partie Emile Louis se trouve en soutien au bois de La Sapinière, à 500 mètres de la première ligne qui est elle-même, dans le secteur du Bois de la Mine, à quelques mètres des Allemands. Emile Louis, considérant que le secteur est « calme », abandonne son poste. Plusieurs raisons l’auraient poussé à cet abandon. Il évoque la contrariété de ne pas avoir changé de régiment après sa cassation. Il aurait reçu des menaces de la part de ses camarades : « ils m’ont dit que puisque j’étais soldat de 2e classe comme eux, ils me feraient la peau ». Il affirme lors d’un interrogatoire avoir rejoint son ancien sergent-major qu’il lui devait une somme d’argent ; reliquat de sa solde de sous-officier.

Il est arrêté le 20 janvier 1916 à Ville-d’Avray et est retenu à Versailles, au dépôt du 41e colonial, d’où il réussit à s’enfuir,  pour retrouver son épouse « qui (le) menaça de demander le divorce ».

En fait il quitte les Yvelines pour la Loire-Atlantique. A Nantes il est employé officiellement comme courtier. En fait il vend des bicyclettes volées. Il serait « le chef d’une bande voleurs, ou du moins un membre de cette bande. Arrêté pour ce motif et pour vol d’argent au préjudice de son beau-frère à Ville-d’Avray, il est transféré à la prison de Poitiers. Il est condamné à un an de prison. A Poitiers, il organise avec deux complices une évasion. Lors de leur fuite l’un de deux complices tue un gendarme ; les deux hommes réussissent à s’enfuir tandis qu’Emile Louis est rattrapé.

Il est transféré à Versailles où, le 24 août, il est condamné par le tribunal à 6 mois de prison pour vol. Le 17 septembre 1916, il adresse une lettre au procureur de la République de Versailles : « je suis déserteur. Je désirerais passer au Conseil de guerre pour retourner au front rachetez ma faute par une bonne conduitte. J’ai déserté à la suite d’une cassation de mon grade ».

Cette fois il est transféré dans la Somme, afin d’être présenté devant le conseil de guerre. Il est soigné à l’hôpital militaire de Châlons-sur-Marne pour gale. Bien qu’ayant été signalé comme individu dangereux, il n’est pas surveillé. Entré le 13 octobre, …il s’enfuit le 30. Arrêté à Epernay, il est ramené à Châlons le 4 novembre… et s’enfuit à nouveau. Un mandat d’arrêt est lancé contre lui.

C’est finalement à Paris qu’il est arrêté, porteur d’un livret militaire au nom du soldat Lequeux, aumônier à Nantes. Le livret, tout comme la permission qu’il présente, a été volé et falsifié. Emile Louis est également accusé de vol de bicyclette. Il est détenu à la Santé à partir du 8 décembre 1916.

Lors d’un interrogatoire en date du 19 mai 1917, il « demande à être renvoyé au front si c’est possible pour racheter (s)a faute ». Jugé par le conseil de guerre de la 2e division d’infanterie à Ramerupt dans l’Aube le 24 mai suivant, il est condamné, à l’unanimité, à la peine de mort. Les chefs d’accusation retenus contre lui sont abandon de poste en présence de l’ennemi, vol d’un livret individuel, falsification et usage d’une permission.

Il aurait également été recherché par le conseil de guerre du Mans comme témoin dans une affaire d’espionnage concernant un sous-officier d’origine allemande.

Emile Louis se pourvoit en révision. Le pourvoi est rejeté le 2 juin. Il demande un recours en grâce, rejeté par le président de la République le 27 juin. Il est exécuté le 28 juin, à Saint-Brice en Seine-et-Marne. Son acte de décès est transcrit le 28 juillet dans les registres de Ville-d’Avray.

Sur le site Mémoire des hommes il apparaît dans les fiches des Morts pour la France. Il est mentionné « n’est pas mort à l’ennemi (fusillé) ».



[i] Bois situés en première ligne jusqu’à l’offensive Nivelle du mois d’avril 1917. Le Bois de la Mine se trouve dans le secteur Nord de Gernicourt.

[ii] Seule la Croix de guerre est mentionnée sur sa fiche matricule.

 

Sources :

- Aux archives départementales d’Eure-et-Loir :

Registre d’état-civil de la commune de Maintenon, 3 E 227/27

Registre matricule, bureau de Dreux, classe 1909, matricule 505, 1 R 679

Recensement de population de la commune de Pierres, 1901 et 1906, 6 M 87 et 2 MI 116

- Archives départementales des Hauts-de-Seine :

Registre d’état-civil de la commune de Ville-d’Avray. Acte de mariage du 9 octobre 1915.

- Aux archives municipales de Ville-d’Avray :

Transcription de  l’acte de décès d’Edouard Emile LOUIS, 28 juillet 1919.

- Site internet Mémoire des Hommes, Première Guerre mondiale :

Morts pour la France de la Première Guerre mondiale, fiche d’Emile Edouard LOUIS

Fusillés de la Première Guerre mondiale, dossier de procédure et minute de jugement, dont une photographie :

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/fusilles_premiere_guerre/

 

 

 

 

 

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Légende des visuels :

1. Acte de naissance d’Edouard Emile LOUIS, 20 février 1889, registre des naissances de la commune de Maintenon. Arch. dép. d’Eure-et-Loir, 3 E 227/27.

2. Extrait de la fiche matricule d’Edouard Emile LOUIS, Registre matricule, bureau de Dreux, classe 1909, matricule 505, Arch. dép. d’Eure-et-Loir , 1 R 679.


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