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Chapitre 4 : Septembre 1940 – Décembre 1941 : la guerre s’installe

L’occupation allemande : document 4.1 

  • Document 4.1 :
    Affiche bilingue de la Feldkommandantur de Chartres exigeant le dépôt des armes en mairies avant le 15 septembre 1941 sous peine de mort, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1065 W 9
  • Thème : L’occupation allemande
  • Place dans l’ouvrage : p. 32
  • Commentaire :
    L’armée d’occupation impose sa présence par la puissance militaire puis dicte ses volontés en administrant le territoire. Cette affiche de la Feldkommandantur de Chartres exige le dépôt des armes à feu dans les mairies, sous peine de mort. Il s’agit d’ôter aux citoyens tout moyen de poursuivre la lutte de l’intérieur. L’affiche est écrite d’abord en allemand puis en français, comme pour signifier aux habitants que c’est la règle allemande qui prévaut désormais. La mise en page de l’affiche (texte en allemand et couleurs rouges et noire du parti nazi) est manifestement destinée à créer un climat de peur et laisse entendre que la menace de mort sera appliquée sans miséricorde.

L’occupation allemande : document 4.2

  • Document 4.2 :
    Demande manuscrite de Jean Moulin de délivrance d’un Ausweiss (laissez-passer) pour rejoindre la zone libre, novembre 1940. Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 3 (RES 91).
  • Thème : L’occupation allemande / Jean Moulin
  • Place dans l’ouvrage : p. 35
  • Commentaire :
    L’administration allemande contrôle les allées et venues sur le territoire. Pour passer au sud en zone libre, il faut franchir la ligne de démarcation qui coupe la France en deux. Il est pour cela nécessaire d’avoir un Ausweiss (laissez-passer). En novembre 1940, Jean Moulin vient d’être démis de ses fonctions par le régime de Vichy. Il souhaite rejoindre la Provence. Il demande pour cela que son Ausweiss soit renouvelé et utilise une formule intéressante : « …pour me permettre de me retirer dans mon pays, en zone libre ». Il laisse ainsi entendre que la zone occupée n’est plus la France. Ce document invite aussi à étudier les modalités du contrôle des populations par les Allemands ainsi que la situation personnelle de Jean Moulin à cette date-là.

L’occupation allemande : document 4.3

  • Document 4.3 :
    Lettre du Maire de la commune de Thimert portant réclamation au sujet du ravitaillement, 13 octobre 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 2037
  • Thème : Le ravitaillement
  • Place dans l’ouvrage : p. 37
  • Commentaire :
    Le ravitaillement est sans aucun doute le problème récurrent de ces années de guerre.Aux mobilisations françaises se sont ajoutées les réquisitions allemandes, réduisant très largement les stocks disponibles pour les civils. Ce document met en lumière plusieurs éléments importants en ce qui concerne le ravitaillement. On constate d’abord que la situation est critique alors que l’on est seulement en 1941. L’hiver 1943-1944 sera bien plus pénible encore. On perçoit ensuite un certain ressentiment des ruraux envers les citadins, les Parisiens en particulier, qui seraient mieux lotis. Inversement, on raconte en ville que les habitants des campagnes s’en sortent mieux grâce à leur propre production et au marché noir.  Dans cette situation de rationnement, les rumeurs vont bon train et chacun envie les conditions de vie de son voisin. Enfin, les ratures barrant le courrier montrent que le fonctionnement des instances chargées du ravitaillement n’est pas très clair et attirent l’attention sur leur relative inefficacité.

L’occupation allemande : document 4.4

  • Document 4.4 :
    Brochure de propagande présentant le rôle de la femme, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 1562
  • Thème : Le régime de Vichy
  • Place dans l’ouvrage : pp. 38-39
  • Commentaire :
    Pendant l’occupation, les hommes, prisonniers ou requis en Allemagne, sont bien souvent absents. Les femmes se voient donc confier une place plus importante dans la société. Le régime de Vichy, conservateur, conçoit pour les femmes un rôle bien précis : celui de mère de famille, en charge de la gestion domestique du foyer. C’est cette vision qui est traduite ici. Cette brochure de propagande est intéressante à double titre : sa signification et sa présentation graphique, indissociables l’une de l’autre.
    C’est un graphisme moderne et épuré qui est utilisé pour dépeindre « la femme coquette, sans enfant ». Inversement, l’illustration de la femme en tant que mère est traditionnelle, correspondant à ce que l’on trouve dans les livres pour enfants. Même constat pour les polices et les couleurs des caractères accompagnant ces images.
    L’opposition entre ces deux femmes est simpliste, manichéenne et, par là même, réductrice. La coquette sans enfants mène une vie mondaine : promener son chien, danser, s’habiller et se maquiller, fréquenter des hommes, fumer et boire. La mère, tendre et douce, lit une histoire à son enfant sur ses genoux. Les textes qui accompagnent ces deux situations sont tout aussi simplistes et brutaux : la coquette « n’a pas sa place dans la cité, c’est une inutile ». Inversement, c’est grâce à la mère que « se forme ce qu’il y a de plus excellent dans le monde… un honnête homme ». Clairement, c’est elle qui est utile, c’est elle qui est présentée en modèle à toutes les femmes de France.
    Ce document est un élément de la propagande familiale de Vichy, qui glorifie la femme-mère et mène une politique nataliste comme en Italie fasciste. Mais c’est aussi une dénonciation des milieux mondains et bourgeois dont on oppose la manière de vivre, présentée comme frivole et égoïste, au peuple laborieux. C’est bien l’ordre moral conforme à la devise « Travail, famille, patrie », qui est ici rappelé.

L’occupation allemande : document 4.5

  • Document 4.5 :
    Réponse du Maire de la commune de Lanneray (canton de Châteaudun) à une demande de recensement par la Préfecture des fonctionnaires étrangers ou juifs, Arch. dép. Eure-et-Loir, 18 mars 1941, 1 W 78
  • Thème : La question juive
  • Place dans l’ouvrage : p. 42
  • Commentaire :
    La loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs prévoie dans son article 3 que : « L'accès et l'exercice de toutes les fonctions publiques autres que celles énumérées à l'art. 2 ne sont ouverts aux Juifs que s'ils peuvent exciper de l'une des conditions suivantes :
    a. Être titulaire de la Carte de combattant 1914-1918 ou avoir été cité au cours de la campagne 1914-1918
    b. Avoir été cité à l'ordre du jour au cours de la campagne 1939- 1940
    c. Être décoré de la légion d'honneur à titre militaire ou de la Médaille militaire ».
    Il s’agit d’exclure les Juifs de la vie économique et sociale, de signifier à tous qu’ils ne sont pas dignes de remplir des emplois publics.
    Des recensements réguliers sont donc lancés afin de vérifier que la loi est appliquée. La répétition de ces enquêtes montre l’intérêt que le gouvernement de Vichy porte à la question. Il est intéressant de relever ici l’agacement manifeste du Maire, sans qu’il soit possible toutefois de dire si c’est l’insistance de l’administration ou le sujet de l’enquête qui en est la cause.

L’occupation allemande : document 4.6

  • Document 4.6 :
    Cahier de punition pro-allemande imposée à Claude Lescuyer, élève du lycée Rotrou de Dreux, après l'apposition sur les murs de Dreux d'affiches hostiles à l'armée d'occupation par trois de ses camarades, janvier 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 J 1117
  • Thème : L’occupation allemande
  • Place dans l’ouvrage : p. 43
  • Commentaire :
    Ce cahier de dictées appartient à Claude Lescuyer, élève de seconde au lycée Rotrou à Dreux. Trois élèves, surpris à coller des affiches anti-allemandes, sont arrêtés, exclus de l’établissement et incarcérés pendant un mois. Par mesure de répression comme par souci de propagande, l’occupant impose des dictées à l’ensemble des élèves de seconde et de première du lycée. Ces punitions sont extrêmement significatives, tant sur le fond que sur la forme.
    Sur le fond d’abord : on note que les thèmes développés suivent un ordre qui se veut logique et démonstratif. Il s’agit de faire entendre que l’Allemagne n’est responsable ni de la guerre, ni de l’occupation du territoire français, qu’elle veut la paix et que, de ce fait, tout acte de rébellion sera puni. Le rôle essentiel du Führer comme guide apparaît nettement. Enfin, dans la seconde page, les thèmes antisémites développés en Allemagne par les nazis sont repris et affirmés avec force.
    Sur la forme : l’occupant, comme le régime de Vichy, considère la jeunesse comme le creuset potentiel des idéologies nouvelles. Il faut donc à tout prix corriger ce qui apparaît comme un dangereux écart à la pensée allemande. Les colleurs d’affiche ne sont donc pas simplement châtiés : ils offrent l’occasion d’un sérieux rappel de la doctrine des autorités d’occupation.

L’occupation allemande : document 4.7

  • Document 4.7 :
    Rapport du sous-préfet de Dreux au Préfet faisant état d’un interrogatoire mené par le commissaire de police de Dreux révélant l’existence de réseaux résistants entre Londres, Paris, Dreux, Chartres et l’Algérie, 11 novembre 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 14 W 40
  • Thème : Résistance et répression
  • Place dans l’ouvrage : p. 44-45
  • Commentaire :
    Ce rapport du 11 novembre 1941 du sous-préfet de Dreux au Préfet d’Eure-et-Loir, son supérieur hiérarchique, offre deux niveaux de lecture.
    Le premier porte sur les modalités d’action des réseaux de résistance. On y lit en effet un condensé de toutes les forces à l’œuvre dans la lutte contre l’Allemagne. Les réseaux parisiens sont en contact avec l’Intelligence Service britannique qui finance les opérations de ces réseaux. Ceux-ci s’appuient sur des agents de liaisons très divers : des hommes et des femmes français bien sûr, mais aussi des républicains espagnols qui ont fui le franquisme et poursuivent ainsi leur lutte contre le fascisme. Ces réseaux s’étendent autour de Paris jusqu’à Chartres et Dreux. L’Algérie leur sert de base arrière. Enfin, l’action révélée ici est double : il s’agirait de dérober des documents conservés dans un coffre rue de Rivoli à Paris (action de renseignement) mais aussi d’assassiner deux officiers allemands (action armée).
    Le second niveau de lecture porte sur l’enquête elle-même : le rapport indique en effet qu’il « semble qu’il s’agisse d’un faible d’esprit ». Si tel est le cas, il faut croire que celui-ci a imaginé cette histoire. Il faut donc rappeler que l’existence de liens entre les services d’espionnage britanniques et les groupes français de résistance ne faisaient de doute pour personne. Ces éléments étaient régulièrement évoqués dans la presse autorisée, celle-ci condamnant par la même occasion les complots du Général de Gaulle. Au cours de son interrogatoire, le suspect évoque aussi les attentats de Nantes et de Bordeaux. Deux officiers allemands y ont en effet été assassinés par des résistants les 20 et 21 octobre 1941. Ces attentats ont connu un écho d’autant plus grand que les représailles allemandes furent sévères : 48 otages fusillés, dont le jeune Guy Môquet. 

L’occupation allemande : document 4.8

  • Document 4.8 :
    Lettre du Préfet au Feldkommandant faisant état de l’arrestation de quatre communistes qui diffusaient des tracts sur la Route nationale 12 à hauteur de Saint-Rémy-sur-Avre, (canton de Brezolles). Exemplaires des tracts mentionnant le « Front national », alors nom d’un mouvement communiste, 20 août 1941, Arch. dép. Eure-et-Loir, 1 W 85
  • Thème : Résistance et répression
  • Place dans l’ouvrage : p. 47
  • Commentaire :
    Au sein des actions de la Résistance, celle de l’information n’est pas la moins utile. Pour lutter contre le discours officiel de Vichy et des autorités allemandes, les mouvements résistants communiquent par des journaux clandestins ou diffusent des tracts. Ceux-ci peuvent être parachutés par avion, solution la moins risquée. D’autres fois,  comme ici, ils sont distribués par des militants qui circulent à vélo.
    Dans ce cas, ces militants communistes viennent vraisemblablement de la région parisienne. Le mouvement est en effet peu ancré en Eure-et-Loir, territoire de tradition agricole plus qu’ouvrière. La date de ce document est particulièrement significative : respectant le pacte germano-soviétique de non-agression, les communistes français ne se sont pour la plupart pas engagés dans la Résistance avant le  22 juin 1941, date du début de l’attaque allemande sur la Russie, aussi appelée opération Barbarossa. S’appuyant à ce moment-là sur une organisation logistique solide, capable d’imprimer des tracts par milliers, ils viennent sensiblement grossir les rangs de la Résistance.
    Ce courrier montre l’étroite collaboration entre la Préfecture d’Eure-et-Loir et la Feldkommandantur. Court, le courrier met cependant en valeur l’action de la police française dans la traque des résistants et des opposants politiques. Il justifie l’action menée en ajoutant que « les personnes seraient, paraît-il, juives ».
    La diffusion de tracts relève d’un choix : faire une opération « coup de poing » à raison de milliers de tracts, façon aussi de marquer le terrain du point de vue politique. Le message est donc lapidaire : « Front national pour l’indépendance française » désigne un groupe de résistants affilié au parti communiste comme la faucille et le marteau en ombre rouge le laissent entendre. « Morts aux assassins hitlériens » porte lui un discours encore plus direct contre l’occupant et toute forme de collaboration.

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