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Statistique de la mortalité à Châteaudun (1830-1906), extraite d'une enquête sur les communes d'Eure-et-Loir où la mortalité moyenne de la France a été dépassée, années 1905 à 1907

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Arch. dép. Eure-et-Loir, 6 M 566. 

On relève en Eure-et-Loir un excédent des décès sur les naissances pour la période 1871-1906, avec un maximum en 1891-1895 (moins 842 personnes) et un minimum en 1906-1910 (moins 40). Le taux de mortalité est en baisse mais dépasse la moyenne nationale. D’après un rapport de M. Maunoury concernant la période 1907-1909, 50 communes du département ont un taux de mortalité supérieur à la moyenne française. De manière générale, la mortalité touche les vieillards et les enfants. Les personnes âgées meurent de sénilité, et surtout en décembre et janvier, et les enfants de malformations congénitales, d’athrepsie (dénutrition) et de gastro-entérite, surtout pendant les mois d’été et ce notamment en raison de la mauvaise qualité de l’eau à cette période de l’année. Cette surmortalité est particulièrement nette à Bonneval, Chartres, Lèves, Courville, Pontgouin, villes où se trouvent hôpitaux, asiles pour vieillards et dépôts de mendicité. A Epernon, Umpeau, Anet, Saint-Lubin-des-Joncherets, Vert-en-Drouais ou Dreux, les observateurs soulignent les ravages de l’alcoolisme et les progrès alarmants de la tuberculose, sa « fidèle associée » (rapport du Dr Bruneau, 24 décembre 1909). Dans le Perche, l’industrie, les conditions de travail et de logement des ouvriers et la gastro-entérite liée aux chaleurs estivales, apparaissent comme les principales causes de mortalité. Parmi les enfants mourant en bas âge, beaucoup proviennent du département de la Seine mis en nourrice dans le Perche. Certains ne résistent pas au voyage, qu’on leur fait parfois entreprendre alors qu’ils n’ont que quelques jours. Par ailleurs, les nourrices étant peu rémunérées, les enfants sont mal alimentés et ne reçoivent de soins que trop tardivement lorsqu’ils sont malades, le rachitisme est ainsi très développé chez ces enfants. 

L’insalubrité des logements et des villes, qui ne disposent pas encore de systèmes d’égouts ou de ramassage de déchets, est également une source de propagation de maladies et de piètre qualité de l’eau. Les logements, dans lesquels règne l’humidité, sont mal aérés, « les cabinets d’aisance, les amas de détritus sont jetés partout », dans les chambres « sèchent les couches des enfants », les habitants sont « entassés et déprimés par la misère » (rapport du Dr Chesnel, 10 janvier 1910). Des cas d’asphyxie par oxyde de carbone sont signalés.