Une des Temps nouveaux, journal anarchiste et révolutionnaire, 1911.

Une des Temps nouveaux, journal anarchiste et révolutionnaire, 1911

Arch. dép. Eure-et-Loir, 4 M 231. 

A la faveur des grandes lois de la deuxième moitié du XIXe siècle (droit de grève, loi Waldeck-Rousseau sur la constitution des syndicats, lois sur la presse, etc.), de nouvelles expérimentations traduisant un engagement politique et social virent le jour à la Belle Epoque, en marge des partis politiques qui étaient alors en structuration. Mouvement alors situé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique, le socialisme prend son essor à la Belle Epoque et se divise en deux tendances, politique, qui estime son intégration au sein du parlement voire du gouvernement intéressante pour faire progresser les idées socialistes dans l’opinion publique, incarnée par une personnalité comme Jean Jaurès ; et révolutionnaire, incarnée par Jules Guesde, laquelle rejette l’action politique traditionnelle comme étant incompatible avec les fondamentaux de la pensée socialiste. Un temps rivales, ces deux tendances finissent par s’unir lors d’un congrès en 1905 qui voit ainsi la naissance de la section française de l’internationale ouvrière (SFIO). Implantés en Eure-et-Loir, notamment en la personne du très actif Louis Oustry, les socialistes ne parvinrent cependant pas à s’imposer dans les urnes malgré de nombreuses réunions publiques. 

 Le syndicalisme quant à lui, rejette à la fois la notion d’Etat et de parti politique. Il vit alors une période charnière, marquée par la fondation de la confédération générale du travail (CGT) en 1895. Protéiforme, il prône aussi bien la révolution sociale de manière pacifique, par la mise en place de bourses du travail ou de l’autonomie ouvrière, que l’action violente. A cet égard, l’anarchisme constitue une branche extrêmement active dans les années 1890-1900, sous l’impulsion de personnalités comme Ravachol. Le mouvement anarchiste culmine en 1894 avec l’assassinat du président Sadi Carnot par Caserio. Après la vague d’attentats des années 1892-1894, l’anarchisme perd progressivement du terrain et d’autres formes d’action sont privilégiées, comme les grèves, les appels à la désobéissance, et un fort sentiment antimilitariste et antipatriotique. Les anarchistes sont également présents en Eure-et-Loir : si aucun attentat n’est à déplorer, leurs faits et gestes sont étroitement surveillés par les autorités sur place comme en témoigne le fichage systématique des individus suspectés de sympathie pour l’anarchie et la surveillance stricte de leurs déplacements. L’appel à l’insubordination militaire par voie d’affichage en 1905 causa une vive émotion à Chartres. Plus présents, les syndicalistes multiplièrent les réunions publiques sur tout le territoire départemental pendant toute la période : les rapports qui étaient faits par les forces de police sur ces conférences témoignent d’un discours évolutif au cours du temps. De la pédagogie sur l’opportunité du syndicat, on passe rapidement à des échanges très concrets sur la condition ouvrière et les moyens de l’améliorer puis, dans les années 1910 et le contexte de la marche à la guerre, l’antimilitarisme se fait de plus en plus présent dans le discours. 

Malgré ces nombreuses réunions publiques, le syndicalisme ouvrier reste peu développé en Eure-et-Loir, avec extrêmement peu de grèves, ce qui est à mettre en lien avec le caractère essentiellement rural de l’activité économique du département. Les grandes manufactures susceptibles de générer de plus importants conflits sociaux sont minoritaires dans le paysage industriel. Le monde ouvrier eurélien est donc plutôt calme et les relations avec le patronat sont apaisées. Les principaux métiers grévistes sont ceux du terrassement ou de la confection, ce qui correspond à la proportion de ces ateliers dans le paysage industriel du département. La plupart des grèves de cette époque, en Eure-et-Loir, ne semblent pas, ou peu, impliquer les syndicats. Les revendications sont essentiellement salariales et liées aux conditions de travail. 

L’exposition présente également un rapport sur une réunion publique du mouvement du « Sillon ». Ce mouvement, fondé par Marc Sangnier en 1898, défend une vision démocratique et sociale du catholicisme. Il fut condamné par le très conservateur pape Pie X en 1910.