Législatives de 1910 : résultats des élections dans la circonscription de Nogent-le-Rotrou

Législatives de 1910 : résultats des élections dans la circonscription de Nogent-le-Rotrou
Arch. dép. Eure-et-Loir, 3 M P 84. 

La Belle Epoque est une période décisive sur le plan politique. Une fois apaisés les rebondissements liés à l’implantation de la IIIe République, les institutions sont stabilisées et la République est désormais fermement implantée. 

La Belle Epoque voit également la constitution de partis politiques : la force politique dominante sont les modérés, issus des fondateurs de la IIIe République, dont la stratégie de compromis s’est révélée efficace pour faire accepter la République et qui fut marquée notamment par la grande réforme des lois Ferry rendant l’école gratuite, laïque et obligatoire, la liberté de la presse, de réunion, la charte municipale de 1884 etc. Ce groupe des modérés ne résiste pas aux divisions créées par l’affaire Dreyfus et se scinde en deux en 1899 : le centre-droit est occupé par la fédération républicaine, parlementaire et socialement conservatrice, alliée à la droite catholique ralliée à la République, antidreyfusarde, et le centre-gauche par le groupe des républicains de gauche, menés par des personnalités telles que Poincaré ou Waldeck-Rousseau, et plus progressistes que leurs anciens camarades. A gauche, le groupe des radicaux (dont le parti fut fondé en 1901) est incarné par des personnalités comme Emile Combes, Georges Clemenceau ou Joseph Caillaux, qui défendirent un positionnement résolument anticlérical et progressiste sur le plan économique et social. Ils portèrent plusieurs des grandes lois de la Belle Epoque comme la séparation des Eglises et de l’Etat ou encore la mise en place de l’impôt sur le revenu. L’extrême-gauche est alors incarnée par les socialistes, rassemblés à partir de 1905 au sein de la SFIO. 

En Eure-et-Loir, le paysage politique de la Belle Epoque est dominé par quelques grandes figures qui appartiennent aux modérés et aux radicaux. Les mouvements de gauche comme de droite peinent à percer dans un département attaché à la République et au parlementarisme. Les résultats des élections législatives, particulièrement significatives à une époque où le président de la République n’est pas élu au suffrage universel et où les sénateurs sont élus par un collège restreint d’électeurs, voient régulièrement et confortablement réélus les candidats issus du centre et parmi lesquels plusieurs figures se démarquent. 

Paul Deschanel (1855-1922) : d’origine belge, Paul Deschanel réalisa une brillante carrière politique au sein du département et jusqu’au sommet de l’Etat. Sous-préfet de Dreux de 1877 à 1879, il est plus tard élu conseiller général du département et député de la circonscription de Nogent-le-Rotrou de 1885 à 1919, puis sénateur d’Eure-et-Loir de 1921 à sa mort. Hors département, il fut aussi président de la chambre des députés à deux reprises et président de la République en 1920, pendant quelques mois seulement. Membre des républicains de gauche (centre-gauche), son programme est marqué par un certain progressisme social et il se déclare favorable aux réformes administratives et fiscales, tout comme à la laïcisation de l’Etat. 

Louis Baudet (1857-1918) a marqué la vie politique à Châteaudun, en tant que conseiller municipal puis maire, et dont il représenta la circonscription à l’assemblée nationale pendant dix ans (1902-1912) avant de devenir sénateur d’Eure-et-Loir. Il appartient lui aussi aux modérés et se montre partisan des réformes administratives et sociales, ainsi qu’à la mise en place de l’impôt sur le revenu. 

Gustave Lhôpiteau (1860-1941) : avocat, il débute sa carrière politique comme conseiller général du canton de Maintenon, puis devient député de la 1ecirconscription de Chartres (1893-1912) et sénateur en 1912 et 1921. Il fut ministre de la justice pendant un an au sein des gouvernements Millerand et Leygues.  Il se présente aux élections sous la bannière des républicains de gauche et donc avec des idées similaires à celles portées par Paul Deschanel ou Louis Baudet. 

A Dreux, la Belle Epoque vit également Maurice Viollette faire ses premières armes en politique, en tant que député d’Eure-et-Loir de 1902 à 1919. 

La profession de foi de Louis Oustry, actif dans l’arrondissement de Châteaudun, diffère de celle des candidats issus des partis centristes. Il fait partie des socialistes acquis à l’idée de la représentation politique traditionnelle (au parlement ou au gouvernement) et son programme montre le souci de développement du syndicat et d’amélioration de la condition ouvrière. 

Parmi les grands dossiers qui furent examinés par les députés, et donc les députés euréliens, et les affaires qui agitèrent l’assemblée nationale, on citera notamment le scandale de Panama, qui mit en évidence la collusion existant entre les milieux politiques, financiers et de la presse, l’affaire Dreyfus dont les conséquences sur la vie politique et la société française furent énormes, la séparation des Eglises et de l’Etat, l’essor du socialisme, du syndicalisme, des ligues et de l’anarchisme, les mouvements sociaux et les grandes grèves des années 1906-1907 durement réprimées par Clemenceau, l’instabilité ministérielle, le développement du nationalisme et l’agressivité diplomatique qui s’exprime avant tout dans les colonies avant l’embrasement de l’Europe en 1914 puis, en fin de période, la mise en place de l’impôt sur le revenu et la marche à la guerre.